Qu’est-ce qu’une COP ?

Par Odile Meuvret

Vue plénière

Le 23/09/2015

La COP (conférence des pays partie à un accord de l’ONU) est une conférence internationale annuelle à facettes innombrables. C’est particulièrement vrai du climat.

Une 1ère négociation porte sur le suivi de la Convention climat de Rio (UNFCCC, CCNUCC en français). C’est la COP proprement dite qui rassemble actuellement 195 pays ayant souscrit à la Convention de Rio et l’Union européenne qui y a adhéré en tant que telle.

Une deuxième négociation porte sur la mise en oeuvre du Protocole de Kyoto. C’est la CMP, plus connue sous son raccourci de MOP (1), à laquelle participent l’UE et les 191 pays ayant ratifié ce deuxième accord. Les Etats-Unis sont très présents dans la salle mais officiellement à titre d’observateurs du fait de leur refus de ratifier Kyoto (cf. infra 2001).

Lire la suite

Tribune : Miguel Arias Cañete et le climat, le fiasco prévisible

par Michel Sourrouille

Le 18/05/15

L’objectif des Vingt-Huit de réduire d’au moins 40 % leurs émissions d’ici à 2030 n’est qu’un effet d’annonce. Pour en juger, il suffit de lire les réponses au MONDE* de Miguel Arias Cañete, commissaire européen à l’action climatique et à l’énergie.

Pourquoi l’Europe s’est-elle orientée vers un marché du carbone et non vers une taxe carbone ?

Miguel Arias Cañete : Nous avons mis en place un marché du carbone pour lancer un signal aux entreprises. Si ce signal est puissant, il sera plus facile d’avancer vers la décarbonisation. Des pays comme la Chine ou les Etats-Unis ont eux aussi leur marché carbone, mais notre modèle est le plus organisé au monde, avec son mécanisme de droits d’émission diminuant année après année.

Lire la suite

Le MDP, un outil de financement

par Dominique Martin Ferrari

(article paru dans la lettre Options Futurs le 8 octobre 2014)

Le MDP ou Mécanisme de Développement Propre est un des mécanisme de financement du protocole de Kyoto souvent contesté et souvent utile dans les échanges nord/sud. La notion de “responsabilité commune mais différenciée” a permis de dépasser l’opposition Nord/Sud (le nord pollue, le sud subit) A Kyoto, la plupart des pays les plus développés ont convenu d’adopter une mesure de financement innovante, le “Mécanisme pour un Développement propre” qui vise à atténuer les coûts inhérents à la réduction des émissions dans le Nord, tout en contribuant au financement de projets d’énergie non polluante dans les pays en développement. Le MDP est un mécanisme du secteur privé qui permet aux industries des pays développés de s’acquitter en partie de leurs obligations en finançant des projets de réduction des émissions dans les pays en développement, où les coûts sont souvent plus faibles. Pour une société européenne qui est tenue par son gouvernement de réduire les quantités de rejet de GES de 100 000 tonnes par an, il sera peut-être moins coûteux de moderniser une centrale à charbon polluante en Inde que de mettre aux normes sa propre usine. Le Mécanisme autorise cette société à déduire de son objectif de réduction de 100 000 tonnes par an la quantité de pollution évitée en Inde. Malheureusement, les chercheurs de la Convention-cadre de l’ONU sur les changements climatiques, qui supervisent le MDP, indiquent en effet qu’à peine 3 % du millier de projets approuvés dans le cadre du MDP à travers le monde sont réalisés en Afrique. Une bonne moitié des projets africains se trouve en Afrique du Sud où l’infrastructure industrielle et financière développée se prête bien au processus d’accréditation complexe du MDP.

Pour en savoir plus : http://www.afdb.org/fr/news-and-events/article/afdb-partners-in-the-6th-africa-carbon-forum-in-windhoek-engaging-africa-in-the-global-carbon-markets-13296/

A noter : cet outil n’a pas vraiment fait la preuve de son efficacité. En 10 ans, cela a permis de compenser l’équivalent de 3 mois d’émissions chinoises.

Climat: comment justifier encore l’inaction ?

Le 22 septembre 2014

par Valéry Laramée de Tannenberg

(article paru dans le Journal de l’Environnement)

A la veille du sommet de l’ONU sur le changement climatique, la situation empire. Bonne nouvelle: bon nombre d’obstacles à la conclusion d’un accord mondial, en 2015, semble désormais évitables.

Au pied du mur. Les 120 chefs d’état et de gouvernement qui assisteront, mardi 23 septembre, au sommet climatique, organisé en marge de l’assemblée générale de l’ONU, n’ont plus aucun argument sérieux pour différer toute action visant à réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Car tout ce qui a été entrepris depuis 20 ans pour réduire notre bilan carbone collectif a échoué. Bien sûr, les pays les plus développés ont atteint, ensemble, l’objectif qui leur avait été assigné par le protocole de Kyoto, en 1997.

Modeste performance

Mais cette modeste performance (-5% de GES entre 1990 et 2012) est plus sûrement à mettre au crédit de la crise économique, de l’effondrement de l’industrie lourde ex-soviétique et du développement des secteurs gaziers britannique, allemand et américain qu’à la bonne volonté des gouvernements et des entreprises.

A coup de conférence des parties (COP), ces gouvernements négocient, depuis deux décennies, un accord international. Loupé de peu à Copenhague en 2009, il pourrait être conclu à Paris l’an prochain. Encore dans les limbes, ce texte engagerait les principaux pays émetteurs à réduire leurs émissions et les pays en développement à les stabiliser. Au mieux, le texte devrait reprendre les engagements volontaires rendus publics par des dizaines de pays: depuis les 80% de réduction d’émission entre 1990 et 2050 pour les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou la France, jusqu’à la baisse de l’intensité carbone des économies chinoise ou indienne. Rien à voir, pas comparable, difficile à mesurer? Qu’importe, ce sera ça ou rien.

Emettre sans contrainte

Ce sera peut-être rien, d’ailleurs. Les pays émergents et en développement attendant aussi des pays les plus riches une aide financière au développement propre. Certains exigeant même des pays du Nord un dédommagement pour les premières conséquences des changements climatiques, imputables à deux siècles d’émission sans contrainte.

Sans contrainte, c’est le moins que l’on puisse dire. Le protocole de Kyoto demandait à 36 pays, représentant 62% des émissions mondiales d’alors, de réduire de 5% leurs émissions entre 1990 et 2012. Objectif atteint. Mais dans le même temps, les rejets mondiaux ont fortement progressé. Et ça n’est pas près de s’arrêter. D’autant que ce sont désormais les pays en développement qui sont devenus les principaux contributeurs au réchauffement de la planète. A elle seule, la Chine rejette le quart du carbone mondial: deux fois plus que l’Union européenne!

Le bon cru 2014

Publié le 21 septembre, le bilan annuel des émissions anthropiques de GES, réalisé par les climatologues du Global Carbon Project (GCP), fait froid dans le dos. En 2013, la combustion d’énergies fossiles et la production de ciment ont relâché près de 10 milliards de tonnes de carbone (soit 36 Mdt CO2): 61% de plus qu’en 1990. En une seule année, l’humanité a produit l’équivalent de 3% des émissions carbonées relâchées depuis 1870. Et 2014 s’annonce aussi comme un bon cru carbonique. Les émissions devraient progresser de 2,5% par rapport à 2013, estiment les chercheurs du GTC. A ce rythme, le budget carbone dont nous disposons pour limiter le réchauffement à 2°C sera épuisé en une génération. Dit autrement, le climat est parti pour se réchauffer de plus de 3°C d’ici la fin du siècle.

Réduire nos émissions de gaz carbonique, de méthane, de protoxyde d’azote, et autres gaz fluorés sera le résultat, à long terme, d’un bouleversement de nos habitudes de transport, d’urbanisme, de production, d’alimentation, de chauffage, d’éclairage, de construction, de fiscalité. Ce changement de société ne sera initié qu’en actionnant de puissants leviers, comme la monétarisation du carbone. «On sait qu’il faut que l’émission d’une tonne de CO2 coûte une centaine de dollars pour infléchir les stratégies d’entreprise», indique Chantal Jouanno, ancienne secrétaire d’Etat à l’écologie.

Les entreprises sont prêtes

Les entreprises y sont opposées, martèlent les politiques. A d’autres! En 2009, Rex Tillerson, président d’ExxonMobil, premier pétrogazier mondial, annonçait son ralliement au principe d’une taxe carbone. La semaine passée, le carbon disclosure project rappelait que près de 500 grandes entreprises internationales (dont 96 américaines) participent déjà à des marchés du carbone. Et 150 groupes mondiaux intègrent un prix (interne) du carbone pour définir leurs investissements et leur stratégie de gestion des risques.

Qu’à cela ne tienne, répondent nos politiques, la Chine —premier émetteur mondial— restera hostile à tout effort climatique, au nom de son développement. Est-ce si sûr? Dans un article publié le 21 septembre dans Nature Climate Change, une dizaine de climatologues montrent que l’Empire du milieu n’a pas à redouter le monde de la contrainte carbone. Michael Raupach (université de Canberra -Australie) et ses collègues rappellent que, pour limiter le réchauffement à 2°C, nous pouvons émettre durant le XXIe siècle 1.400 Mdt de gaz carbonique.

Un budget aux deux tiers consommé

Problème, a auparavant souligné Corinne Le Quéré (université d’East Anglia –Grande-Bretagne): en 13 ans, nous avons déjà consommé les deux tiers de ce budget. Pour éviter de nous retrouver à découvert, les scientifiques suggèrent de délivrer des quotas d’émission aux nations. Deux modes d’allocation ont été modélisés: l’un en fonction des émissions historiques, l’autre selon le nombre d’habitants.

Dans le premier cas, les pays riches et la Chine se taillent la part du lion. Ce qui interdit rapidement toute émission de CO2 aux pays en développement. Le système est «injuste et inacceptable», de l’avis de Philippe Ciais (Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement -LSCE), interrogé par le JDLE. En distribuant les 1.400 milliards de quotas aux 9 milliards d’individus que comptera la Terre dans quelques années, les pays du Nord sont moins à la fête. «Il leur faudra alors réduire leurs émissions de plus de 10% par an. Ce qui n’est tenable, ni économiquement, ni politiquement», confesse le scientifique français. Et surtout pas pour Pékin, dont les deux tiers de l’énergie sont issus de la combustion du charbon.

Pourquoi ne pas imaginer, alors, une solution hybride? Banco répondent les chercheurs. En ce cas, l’effort de réduction global n’est «plus» que de 5% par an. Ce qui est déjà considérable. Mais ce qui semble acceptable par tous, y compris la Chine.

Sommet de l’ONU : une étape importante dans l’élaboration d’un accord post-Kyoto

Par Dominique Martin Ferrari

La mobilisation contre les changements climatiques, deux jours avant un Sommet au siège de l’ONU a remporté un vif succés. L’appel à travailler sur un accord universel qui remplacerait le protocole de Kyoto bientôt caduc semble avoir été entendu.
Plus de 500 000 personnes dans 156 pays et 2 646 évènements, ont marqué la plus grande mobilisation citoyenne sur le climat jamais organisée depuis Copenhague. 25 000 personnes à Paris, 310 000 à New York.
A Paris, pour les ONGs « Cette participation record montre que l’ensemble de la société se sent concernée par les changements climatiques. Ce ne doit plus être un enjeu annexe, que les politiques mettent de côté dès qu’une crise se présente, ont déclaré les associations. « La transition est en marche. C’est le sens de l’histoire. Les chefs d’Etat doivent montrer à NYC qu’ils ont compris ce message ».
Pas de naïveté cependant . Malgré l’ampleur donnée à l’événement , les conditions ne sont pas données pour réussir et il faudra bien les 400 jours qui séparent New York de Paris pour faire avancer quelques points. Pour l’instant les revendications des uns et des autres insistent sur le fait « que les recommandations de la France et de l’UE doivent être exemplaires ; que l’on aille vers la suppression des aides au charbon, que l’on dispose d’un calendrier de financement du Fonds vert « . Les analyses excluent également les fausses solutions comme le recours au nucléaire,ou un usage massif de la biomasse.
Derrière l’économie verte se profilent bien des dangers dont les exploitations d’énergie fossile non sécurisées, des solutions techno-scientifiques dangereuses, des mécanismes de marché redoutables.
Les territoires seront une des pièces maîtresse du futur dispositif. C’est là qu’on innove, c’est aussi là que les populations définissent le mieux leurs priorités économiques, environnementales et sociales. C’est surtout là que derrière les promesses vides et les grands discours creux se construit le réel.
En attendant à la fin de la semaine les conclusions de ce sommet qui réunit 120 chefs d’état, on sait déjà que la France ne s’engagera pas davantage sur ses objectifs de réduction, par contre elle compte veiller à ce que les 300 milliards d’euros libérés par Juncker au niveau européen soient largement assignés à l’efficacité énergétique, aux infrastructures et aux renouvelables. Ce sommet est important car il sera révélateur des deux rencontres à venir : Lima et Paris. Si les premières pierres de l’accord à venir ne sont pas posées, il sera difficile de rester optimiste dans la situation actuelle.
A surveiller de très près la diplomatie franco africaine, le suivi de la création de « l’alliance mondiale pour l’agriculture intelligente face au climat » qui suscite actuellement bien des interrogations (derrière les mots, quel sens ? atténuation, adaptation, intelligence, renforcement des connaissances…Une sorte de boîte à progrès, à fausses promesses et à grands risques »
– Les illuminations géantes se sont déroulées sur le mur de l’ONU durant un show de 12 minutes. Elles incluaient des oeuvres de Yann Arthus Bertrand et Sebastiao Salgado.U

B.A.-BA des négociations climatiques

Liens réunis par Odile Meuvret

 

– Historique des négociations climatiques depuis  la conférence de Rio et enjeux de la conférence Paris Climat 2015

par la représentation permanente de la France auprès de l’Office des Nations Unies et des organisations internationales à Vienne

http://www.delegfrance-onu-vienne.org/spip.php?article1456

 

– Découverte de la convention-cadre des Nations Unies et du protocole de Kyoto : problèmes soulevés par la communauté scientifique et réponses apportées par la convention (document de 2001 dont les pages sur la convention sont encore valables en 2014)

sur le site de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques ( CCNUCC), en anglais United Nations Framework Convention on Climate Change

http://unfccc.int/resource/docs/publications/beginner_fr.pdf

– Convention-cadre des Nations Unies, protocole de Kyoto : mécanisme pour un développement propre (MDP), échanges de droits d’émission… (document de 2005)

http://unfccc.int/resource/docs/publications/caring2005_fr.pdf

– Pages sur la convention (p 38 à 41)

http://unfccc.int/resource/docs/publications/infokit_2001_fr.pdf

– Gouvernance internationale, résumé établi en 2008

à lire sur le site de l’encyclopédie du développement durable

http://encyclopedie-dd.org/encyclopedie/gouvernance/2-4-les-changements-globaux-effet/visite-guidee-de-la-gouvernance.html