Climat: comment justifier encore l’inaction ?

Le 22 septembre 2014

par Valéry Laramée de Tannenberg

(article paru dans le Journal de l’Environnement)

A la veille du sommet de l’ONU sur le changement climatique, la situation empire. Bonne nouvelle: bon nombre d’obstacles à la conclusion d’un accord mondial, en 2015, semble désormais évitables.

Au pied du mur. Les 120 chefs d’état et de gouvernement qui assisteront, mardi 23 septembre, au sommet climatique, organisé en marge de l’assemblée générale de l’ONU, n’ont plus aucun argument sérieux pour différer toute action visant à réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Car tout ce qui a été entrepris depuis 20 ans pour réduire notre bilan carbone collectif a échoué. Bien sûr, les pays les plus développés ont atteint, ensemble, l’objectif qui leur avait été assigné par le protocole de Kyoto, en 1997.

Modeste performance

Mais cette modeste performance (-5% de GES entre 1990 et 2012) est plus sûrement à mettre au crédit de la crise économique, de l’effondrement de l’industrie lourde ex-soviétique et du développement des secteurs gaziers britannique, allemand et américain qu’à la bonne volonté des gouvernements et des entreprises.

A coup de conférence des parties (COP), ces gouvernements négocient, depuis deux décennies, un accord international. Loupé de peu à Copenhague en 2009, il pourrait être conclu à Paris l’an prochain. Encore dans les limbes, ce texte engagerait les principaux pays émetteurs à réduire leurs émissions et les pays en développement à les stabiliser. Au mieux, le texte devrait reprendre les engagements volontaires rendus publics par des dizaines de pays: depuis les 80% de réduction d’émission entre 1990 et 2050 pour les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou la France, jusqu’à la baisse de l’intensité carbone des économies chinoise ou indienne. Rien à voir, pas comparable, difficile à mesurer? Qu’importe, ce sera ça ou rien.

Emettre sans contrainte

Ce sera peut-être rien, d’ailleurs. Les pays émergents et en développement attendant aussi des pays les plus riches une aide financière au développement propre. Certains exigeant même des pays du Nord un dédommagement pour les premières conséquences des changements climatiques, imputables à deux siècles d’émission sans contrainte.

Sans contrainte, c’est le moins que l’on puisse dire. Le protocole de Kyoto demandait à 36 pays, représentant 62% des émissions mondiales d’alors, de réduire de 5% leurs émissions entre 1990 et 2012. Objectif atteint. Mais dans le même temps, les rejets mondiaux ont fortement progressé. Et ça n’est pas près de s’arrêter. D’autant que ce sont désormais les pays en développement qui sont devenus les principaux contributeurs au réchauffement de la planète. A elle seule, la Chine rejette le quart du carbone mondial: deux fois plus que l’Union européenne!

Le bon cru 2014

Publié le 21 septembre, le bilan annuel des émissions anthropiques de GES, réalisé par les climatologues du Global Carbon Project (GCP), fait froid dans le dos. En 2013, la combustion d’énergies fossiles et la production de ciment ont relâché près de 10 milliards de tonnes de carbone (soit 36 Mdt CO2): 61% de plus qu’en 1990. En une seule année, l’humanité a produit l’équivalent de 3% des émissions carbonées relâchées depuis 1870. Et 2014 s’annonce aussi comme un bon cru carbonique. Les émissions devraient progresser de 2,5% par rapport à 2013, estiment les chercheurs du GTC. A ce rythme, le budget carbone dont nous disposons pour limiter le réchauffement à 2°C sera épuisé en une génération. Dit autrement, le climat est parti pour se réchauffer de plus de 3°C d’ici la fin du siècle.

Réduire nos émissions de gaz carbonique, de méthane, de protoxyde d’azote, et autres gaz fluorés sera le résultat, à long terme, d’un bouleversement de nos habitudes de transport, d’urbanisme, de production, d’alimentation, de chauffage, d’éclairage, de construction, de fiscalité. Ce changement de société ne sera initié qu’en actionnant de puissants leviers, comme la monétarisation du carbone. «On sait qu’il faut que l’émission d’une tonne de CO2 coûte une centaine de dollars pour infléchir les stratégies d’entreprise», indique Chantal Jouanno, ancienne secrétaire d’Etat à l’écologie.

Les entreprises sont prêtes

Les entreprises y sont opposées, martèlent les politiques. A d’autres! En 2009, Rex Tillerson, président d’ExxonMobil, premier pétrogazier mondial, annonçait son ralliement au principe d’une taxe carbone. La semaine passée, le carbon disclosure project rappelait que près de 500 grandes entreprises internationales (dont 96 américaines) participent déjà à des marchés du carbone. Et 150 groupes mondiaux intègrent un prix (interne) du carbone pour définir leurs investissements et leur stratégie de gestion des risques.

Qu’à cela ne tienne, répondent nos politiques, la Chine —premier émetteur mondial— restera hostile à tout effort climatique, au nom de son développement. Est-ce si sûr? Dans un article publié le 21 septembre dans Nature Climate Change, une dizaine de climatologues montrent que l’Empire du milieu n’a pas à redouter le monde de la contrainte carbone. Michael Raupach (université de Canberra -Australie) et ses collègues rappellent que, pour limiter le réchauffement à 2°C, nous pouvons émettre durant le XXIe siècle 1.400 Mdt de gaz carbonique.

Un budget aux deux tiers consommé

Problème, a auparavant souligné Corinne Le Quéré (université d’East Anglia –Grande-Bretagne): en 13 ans, nous avons déjà consommé les deux tiers de ce budget. Pour éviter de nous retrouver à découvert, les scientifiques suggèrent de délivrer des quotas d’émission aux nations. Deux modes d’allocation ont été modélisés: l’un en fonction des émissions historiques, l’autre selon le nombre d’habitants.

Dans le premier cas, les pays riches et la Chine se taillent la part du lion. Ce qui interdit rapidement toute émission de CO2 aux pays en développement. Le système est «injuste et inacceptable», de l’avis de Philippe Ciais (Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement -LSCE), interrogé par le JDLE. En distribuant les 1.400 milliards de quotas aux 9 milliards d’individus que comptera la Terre dans quelques années, les pays du Nord sont moins à la fête. «Il leur faudra alors réduire leurs émissions de plus de 10% par an. Ce qui n’est tenable, ni économiquement, ni politiquement», confesse le scientifique français. Et surtout pas pour Pékin, dont les deux tiers de l’énergie sont issus de la combustion du charbon.

Pourquoi ne pas imaginer, alors, une solution hybride? Banco répondent les chercheurs. En ce cas, l’effort de réduction global n’est «plus» que de 5% par an. Ce qui est déjà considérable. Mais ce qui semble acceptable par tous, y compris la Chine.

La coopération entre pays en développement est indispensable

A la veille du Sommet de l’ONU sur le changement climatique

La coopération entre pays en développement est indispensable

Par M’hamed Rebah

(article paru sur le site http://www.reporters.dz)

Répondre aux besoins des populations en maintenant la croissance économique et, en même temps, lutter contre le changement climatique, constitue un défi de taille pour les pays en développement qui doivent préserver leurs intérêts dans les grandes négociations internationales sur le climat. D’où l’exigence d’une coopération intense et une coordination étroite entre leurs représentants à la veille du Sommet des Nations Unies sur les changements climatiques qui se tiendra le 23 septembre à New York, et dans la perspective de la 21ème Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de 2015 à Paris (COP 21), qui sera précédée par la COP 20 qui débutera le 4 décembre à Lima, en présence de 12000 participants et un millier de journalistes. En parallèle à la COP 20, se tiendra un Sommet des Peuples, regroupant ONG et représentants de communautés indigènes, qui se veut un événement alternatif à la conférence de Lima.
La situation est grave pour les pays africains. D’après les Nations unies, d’ici 2050, l’Afrique ne pourrait subvenir qu’à 13% de ses besoins alimentaires, à cause du changement climatique.
Jean-Marie Sabushimike, expert en environnement et professeur de Géographie à l’Université du Burundi (UB) a décrit dans une déclaration à Xinhua, la forte vulnérabilité au changement climatique des pays de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CEA). Au Burundi, d’abord le problème du changement climatique est perceptible dans les secteurs de l’agriculture, des infrastructures, de la santé et de l’énergie ; le Rwanda, fait-il savoir, dispose d’un ministère de la Gestion des catastrophes et des réfugiés et des organes et des structures compétents capables de conduire une politique d’adaptation aux changements climatiques ; l’Ouganda se cherche encore en matière d’adaptation au changement climatique car il subit sans cesse des glissements de terrain très violents, mais aussi des inondations ; le Kenya affiche le même tableau, et, en plus, subit des sécheresses qu’il n’arrive pas à juguler et à contrôler ; en Tanzanie, c’est beaucoup plus les inondations. Pour cette partie de l’Afrique, Maurice va abriter un centre régional d’excellence et d’information sur le changement climatique qui sera créé à partir du Centre d’information sur le changement climatique mis en place par la Division de l’évolution du climat du ministère de l’Environnement à Maurice avec le soutien du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et la Commission de l’Océan Indien (COI).
Dans une autre partie de l’Afrique, au Congo, des perturbations énormes sont enregistrées avec la baisse et la hausse des températures ainsi que sur la pluviométrie nationale. Entre 1950-2010, le Congo a gagné 1,1 degré Celsius de température en zone rurale et 0,5 degré Celsius en zone urbaine. Les spécialistes locaux ont noté qu’« il y a des cultures qui sont en voie d’être abandonnées, compte tenu des évolutions du climat. La fructification des mangues a même changé dans certaines zones».
Mary Robinson, envoyée spéciale des Nations Unies pour le changement climatique, estime que «les efforts fournis pour l’aide au développement pourraient être anéantis par le changement climatique». Pour elle, il est «impératif de s’occuper de l’atténuation de ces changements mais aussi d’aider les pays moins développés par des transferts de technologies». M’hamed Rebah (20 septembre 2014)