« Tout est joué pour les 20 prochaines années, mais il faut agir maintenant! »

Propos recueillis par Yves Leers

jouzelJean Jouzel, glaciologue et paléo-climatologue, vice-président du Giec1 de 2002 à 2015 et du Conseil stratégique de la recherche

Le 28/11/2015, initialement publié dans le magazine Préventique

Jean Jouzel est un des climatologues français qui paye le plus de sa personne, toujours là pour sonner le tocsin. Il n’est pas vraiment optimiste sur l’issue des négociations climatiques, même s’il pense qu’il y aura bien un accord mondial en décembre à Paris entre les 195 pays de la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC), désormais tous impliqués.

Q : L’accord de Paris sera-t-il d’un niveau suffisant pour que la hausse des températures soit plafonnée à 2 degrés d’ici à 2100?
Tout indique que l’accord issu de la COP de Paris ne sera pas assez ambitieux pour contenir le réchauffement dans la limite des 2 degrés. Lire la suite

Transition climatique: pourquoi est-il difficile de la financer ?

par Valéry Laramée de Tannenberg

(article paru le 22 mai 2015 dans le Journal de l’Environnement)

Le 28/05/2015

Organisé à Paris ce vendredi 22 mai, le Climate Finance Day a été l’occasion de faire le point sur les verrous à faire sauter pour que le secteur financier s’engage dans la lutte contre le changement climatique. Ca n’est pas gagné.

La situation est-elle la même qu’en 2009, avant le sommet climatique de Copenhague?
Si l’enjeu reste le même (la conclusion d’un accord mondial pour renforcer la lutte contre les changements climatiques), l’ambiance a sensiblement évolué en 6 ans. Tous les acteurs économiques acceptent désormais les conclusions des rapports du Giec[1] et soutiennent l’objectif politique de limiter à 2°C le réchauffement en cours. «Je ne crois pas que l’on reverra de grands groupes tenter de torpiller la COP 21, comme ils ont pu le faire pour la COP 15», résume Philippe Germa, patron de la branche française du WWF. Pour bon nombre d’observateurs, le monde de la grande entreprise et de la finance a basculé dans le camp des pro-climat suite au sommet onusien de New York, en septembre dernier, -où nombre de capitaines d’industries ont pu mesurer la mobilisation des parties prenantes pour la cause climatique et l’engagement de secteurs, tels l’automobile ou l’aviation commerciale.

Les entreprises sont-elles prêtes à l’action?

Lire la suite

Accord sur le Climat : Dalila Boudjemaa expose la position de l’Algérie à la COP20

par M’hamed Rebah

(article paru dans Reporters)

L’Algérie est opposée à «toute réinterprétation, réécriture ou renégociation de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques ». C’est la position de principe exprimée par la ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, Dalila Boudjemaa, dans son intervention, le jeudi 11 décembre, devant les participants à la 20ème Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les Changements climatiques (COP20) à Lima, au Pérou. Elle a appelé au «renforcement du multilatéralisme qui demeure fondamental pour parvenir à un progrès global cohérent et ambitieux ». L’Algérie considère également que le financement est «la pierre angulaire sur laquelle reposent toutes les actions visant à lutter contre les changements climatiques». Dalila Boudjemaa a rappelé l’extrême urgence d’alimenter le Fonds vert pour le climat, à hauteur des engagements pris par les pays développés. Les pays en développement, a-t-elle souligné, ont besoin d’un soutien technique et financier pour entreprendre les actions devant permettre la réduction des gaz à effet de serre, mettant l’accent sur la nécessaire la mobilisation d’un «financement adéquat, prévisible, additionnel et durable». Le succès du futur accord climatique, prévu à Paris, en décembre 2015 (COP21), dépend, en grande partie du règlement de cette question du financement. Equilibre et équité doivent caractériser le document qui sortira de la COP21. Cela signifie, a expliqué la ministre, que «les efforts les plus importants doivent provenir des pays les plus développés, ceux qui sont historiquement responsables de ce phénomène qui menace l’avenir de l’humanité toute entière». A ce propos, elle estime que le futur accord climatique doit être élaboré dans la transparence. Concernant l’Afrique, continent le plus affecté par les effets négatifs du changement climatique, Dalila Boudjemaa a fait remarquer que «l’adaptation représente la priorité suprême».
La ministre a saisi l’occasion de la COP20 pour faire connaître ce que fait l’Algérie pour faire face aux impacts du changement climatique : renforcement législatif, reboisement, mobilisation des ressources en eau, tendance à l’utilisation du gaz naturel et du GPL comme carburants pour les véhicules, programme de développement des énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, la séquestration du carbone qui a permis la récupération de 4 millions de tonnes de CO2, valorisation des déchets,… Mais, pays en développement, l‘Algérie ne peut concevoir la lutte contre le changement climatique dissociée des priorités de développement.

Notons que, selon un communiqué du m
inistère, Dalila Boudjemaa a pris part le 9 décembre 2014 au segment de haut niveau de la COP20 dont l’ouverture officielle a été rehaussée par un panel de très haut niveau, dont le Président de la république de Bolivie, Evo Morales, la vice présidente de la république du Pérou, Marisol Espinoza, le Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Kimoon, la secrétaire exécutive de la Convention, Christiana Figueres,et le président de l’assemblée Générale des Nation Unies, Sam Kutesa. La même source indique qu’elle a également participé à la table ronde Afrique-Union européenne, où elle a rappelé que l’Algérie s’associe et appuie pleinement les positions du Groupe des 77 + la Chine, du Groupe des pays africains, du Groupe Arabe et du Groupe LMDC (Like-Minded Developing Countries Group).

L’accord de Lima, entre les lignes

par Valéry Laramée de Tannenberg

(article initialement publié dans le Journal de l’Environnement)

Le plus important de l’accord conclu le 14 décembre est son annexe. Ces 37 pages composent le squelette de l’accord qui pourrait être conclu à Paris, l’an prochain. Certaines de ses propositions s’avèrent particulièrement climate-friendly. Sélection subjective.
C’est entendu, l’accord conclu à Lima dans les premières heures du dimanche 14 décembre ne sauvera pas le climat. Ce qui tombe bien: ça n’était pas sa vocation première. Sous le regard de milliers d’observateurs, les 195 négociateurs nationaux ont poursuivi un seul objectif: cadrer le processus grâce auquel les pays parties à la convention-cadre de l’ONU sur les changements climatiques pourraient conclure un accord universel, lors du sommet climatique de Paris en décembre 2015.
Finalement, l’accord de Lima tient en 4 pages, à peine. Il rappelle quelques grands principes, dont certains ont déjà été adoptés lors du sommet climatique de Varsovie en 2013:
l’accord de Paris devra prendre en compte les questions d’atténuation, adaptation, financement, transfert de technologie, renforcement des capacités des pays pauvres et transparence des politiques.
L’accord devra respecter les principes de responsabilité commune mais différenciée et la capacité respective des pays.
Les pays développés devront mobiliser des fonds pour financer les politiques d’atténuation et d’adaptation des pays en développement.
Les pays parties devront produire leur programme national de lutte contre le changement climatique «bien avant» la conférence de Paris, qui débute le 30 novembre 2015.
Ces programmes devraient contenir des informations quantifiables, des points de référence, des périodes de mise en œuvre, des périmètres de couverture, autant d’éléments permettant (mais ça n’est pas dit ainsi) leur évaluation.
A charge pour les instances onusiennes de rédiger, d’ici la Toussaint 2015, une synthèse de ces engagements et d’en évaluer les effets.
Last but not least, l’accord publie, en annexe, le document devant servir de base aux tractations qui doivent, en principe, accoucher de l’accord final. Ce pré-projet de décision, qui contient une centaine d’articles (et bien plus d’options à cocher), n’a rien d’un texte climaticide, comme certains l’ont qualifié à la fin du sommet de Lima.
37 PAGES SINON RIEN
Concis, il tient en 37 pages. Un an avant le sommet de Copenhague, le projet d’accord de l’époque ne pesait pas moins de 200 pages. En sélectionnant les options les plus favorables (rêvons un peu!), l’accord de Paris ainsi constitué pourrait être une base solide pour la lutte mondiale contre le changement climatique.
S’appuyant sur «le meilleur savoir scientifique disponible», cette politique aurait pour but de limiter le réchauffement à 2°C, voire 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle. Pour mémoire, nous en sommes à 1°C. Pour y parvenir, toutes les parties (comprendre les pays riches, émergeants, en développement et les moins avancés) devront, collectivement, abattre de 70% leurs émissions de gaz à effet de serre entre 2010 et 2050. Mieux: certains scénarios proposent une décarbonation totale de nos économies à l’horizon 2050 et la mise en œuvre «d’émissions négatives» vers la fin du siècle. Ce qui suppose le déploiement à marche forcée de systèmes de captage-stockage de CO2. Un détail toutefois, les mesures unilatérales seront interdites. Ce qui évitera tout recours à la géo-ingénierie, non désiré par la communauté internationale. Pas question non plus d’élever des barrières douanières pour empêcher la diffusion de technologies carbone ou conforter des monopoles nationaux.
BUDGET CARBONE
Tous les acteurs («pays, société civile, secteur privé, institutions financières, villes, autorités régionales, collectivités locales et peuples indigènes») devront gérer un budget carbone et se doteront de «stratégies à long terme vertes et bas carbone». Leurs résultats seront compilés et vérifiés par l’ONU.
Toutes les parties, une fois encore, participeront au financement des politiques des pays les moins avancés. Pour ce faire, «les pays développés s’engageront à fournir 100 milliards de dollars (80 Md€) par an, à partir de 2020 pour les activités d’adaptation des pays en développement». Ces derniers devront «diversifier leur économie». Ce qui leur permettra de bénéficier des subsides du mécanisme de Varsovie, élaboré et du Fonds vert climatique.
Déjà abondé à hauteur de 10,2 Md$ (8,2 Md€), le Fonds vert deviendra l’une des plus riches institutions de la planète. A partir de 2020, les pays riches se sont engagés à lui verser, chaque année, l’équivalent de 1% de leur PIB: environ 450 Md$ (361 Md€) par an.
L’ONU, qui aime tant les grands «machins», contrôlera les mécanismes financiers, les transferts de technologie et les mécanismes de flexibilité, comme les MDP ou le Redd+. L’accord de Paris est conclu pour une période courant jusqu’en 2050. Son application est évaluée tous les 5 ans.

Lima : la fin approche. Celle des négociations mais aussi celle d’un monde

par Claude-Marie Vadrot

Jean Jouzel est pessimiste…

A quelques heures de la fin des négociations dans lesquelles sont engagés les ministres après des jours de discussions de marchands de tapis entre les diplomates, il est difficile d’être optimiste en dépit des affirmations des uns et des autres. Les négociateurs confondant plus que jamais leur satisfaction d’avoir réuni leurs contradictions dans un texte immense avec une avancée pour l’avenir de la planète. Le fossé entre les réalités vécues par des dizaines de millions d’habitants de la planète, le fossé entre les angoisses des pays du Sud et les certitudes des nations industrialisées soucieuses de préserver leurs économies, ne se comblent pas. Les égoïsmes ont d’autant plus la vie dure que les milieux industriels continuent ici à faire pression pour que le maximum de décisions relève de la bonne volonté des gouvernements plus que d’accords contraignants. C’est ce qui apparaît à la lecture des dizaines de pages (37) du dernier texte laborieusement mis au point en une dizaine de jours et réduites au cours de la nuit de jeudi à vendredi à 7 pages, sans qu’il soit ou plus fort ou moins contradictoire dans ses prudences. En fait, il a été rédigé pour plaire à tout le monde. Sauf évidemment à la planète…

Sans modifications substantielles de dernière heure, la planète continuera à chauffer sérieusement et, comme à Copenhague et dans les réunions suivantes, les experts du GIEC, n’auront guère été entendus en dépit de la force de leurs derniers avertissements. Aucun responsable, sauf les représentants désespérés des petits pays, ne semble s’être aperçu que l’année 2014 aura été la plus chaude sur la planète depuis que les relevés météo existent. Mais il est vrai que toutes les salles de réunion de la conférence sont climatisées par d’énormes machines dévorant chaque heure des tonnes de combustibles fossiles et que les négociateurs ignorent, par exemple, dans quelles situations tragiques (pour ne parler que du Pérou) se trouvent aujourd’hui des Indiens et des agriculteurs de plus en plus privés d’eau par les modifications climatiques déjà en cours et par les exploitations agricoles intensives tournées vers l’exportation. Il est vrai que les « costards-cravates » gris ou noirs ne se sont pas précipités le long de la Marche des Peuples, pour y découvrir leurs revendications. De toute façon, contrairement aux réunions des années précédentes, nul ne sait trop où ils sont : les orateurs, y compris les plus connus, ont souvent pris la parole devant des salles à moitié vides. Comme si tout le monde savait que la conférence ne servait pas à grand-chose.

Présent à Lima depuis quelques jours, le vice-président du GIEC Jean Jouzel s’efforce à l’optimisme, mais avoue « que les négociations sont d’une désespérante lenteur alors qu’il faut faire très vite pour commencer à quitter une société basée sur l’exploitation des énergies fossiles. Beaucoup reste à faire pour changer les choses d’ici à 2020 mais de toute évidence, l’ambition de réussir n’est pas encore là ». Jean Jouzel, qui quittera (1) ses fonctions au mois d’octobre 2015, avant la prochaine réunion de Paris ajoute en soupirant : « la dynamique que les scientifiques souhaitent depuis des années, n’est pas encore perceptible». Comme quelques autres spécialistes du climat présents à la conférence, il a le sentiment de n’être ni entendu ni pris au sérieux alors que leur dernier rapport est encore plus alarmant que les précédents. Ils ont l’impression, sinon la certitude que la prolongation possible des discussions prévisibles pour la journée de samedi, n’apportera pas d’améliorations sensibles au texte actuellement âprement discuté. D’autant plus que, pris à la gorge par des impératifs financiers, de nombreux délégués des pays du Sud auront alors quitté les salles de discussions. Laissant ainsi les pays les plus riches décider du sort de la planète. Sans avoir avancé sur ce qui devrait être obligatoire et surtout sans avoir réglé de façon suffisante l’approvisionnement du Fond Verts destiné à aider les pays les plus faibles ou les plus touchés à mettre en place de nouvelles politiques ou tout au moins à s’adapter pour faire face aux conséquences du réchauffement sur leurs terres et sur leur population, condamnés à devenir des « réfugiés climatiques » non reconnus par la communauté internationale.

Sauf miracle de dernière heure, une fois la pendule symboliquement arrêtée, tout restera à faire dans un an. Une opportunité pour le Président français, de faire preuve de conviction s’il veut définitivement verdir son image…

Lima, vendredi matin, le 12 décembre

  1. Voir le portrait du scientifique français paru dans le numéro 1329 de Politis daté du 27 novembre

 

Lima : Retour sur la journée du 10 décembre

 par Bettina Laville

(Rapport paru sur le site du Comité 21)
A l’ambassade de France, mercredi 10 décembre, le Ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, a finalement bien résumé le sentiment qui prévaut à la COP2O, au dixième jour des négociations : « Avant, il y avait sur toutes les rencontres climatiques un vent de pessimisme, maintenant c’est l’optimisme qui prévaut, je dis : attention, soyons prudents, même si les choses ne se présentent pas mal … ».
Où en est –on ?
Une nouvelle version actualisée du texte sur les éléments d’un projet de texte de négociation a été présentée hier soir. Mais en fait, ce projet comporte toutes les options possibles… donc beaucoup plus long, et sans arbitrage. Certes, même si les arbitrages ne se font pas à Lima, le texte a le mérite d’exister, mais les deux derniers jours devront être utilisés à engranger les rares points d’accord, et à rétablir la confiance, actuellement dégradée entre les PMA, les émergents, et les PVD. La situation peut se résumer ainsi : pas d’engagement financier sur les 100 Milliards, dont le contenu et le rythme de décaissement sont parfaitement ambigus, et donc, dans ce cas pas d’atténuation, c’est à dire pas d’avancées sur les contributions.
La confiance ne s’est pas établie au début du segment ministériel de cette deuxième semaine.
On note un progrès sur le Mécanisme international de Varsovie relatif aux pertes et préjudices, y compris la composition de son Comité exécutif, ce qui est important pour les PVD.
Le Président de la COP20, le Ministre péruvien Pulgar-Vidal, s’est félicité des progrès réalisés que nous avons expliqués hier, en reconnaissant que des difficultés lourdes subsistent sur le contenu des contributions, sur les orientations du Fonds Vert et sur et le financement à long terme.

Dans les délégations, trois sentiments s’expriment :
Ceux qui restent positifs, voire enthousiastes : en disant que personne ne s’abstrait du désir d’un accord, et c’est vrai ! Quand on écoute les déclarations de Ministres dans les plénières, on constate que tous les pays sont touchés, ont entrepris ce que l’on appelait dans la Convention des « politiques et mesures », et ils soulignent que plus on attend, plus sera coûteux le coût de l’adaptation.
Ceux qui constatent que rien ne bouge à Lima, ou presque : après l’espoir de l’automne après le Sommet de New York, et les annonces américaines et chinoises, ils ont peur d’un raidissement des PVD, et parient sur un accord trop flexible, donc ne permettant plus de respecter la hausse maximale de 2° pendant ce siècle.
Ceux qui trouvent que beaucoup de pistes sont lancées, intéressantes : comme la théorie des cercles concentriques émises par le Brésil, qui préfigure un accord de tous, « encerclant » tous les Pays, mais avec des vitesses différentes, respectant leurs intérêts nationaux.

Il y a un regret général, à savoir l’absence de liens entre les avancées de New York, par exemple sur la question du prix du carbone, très présente dans les side events, et l’absence de mention dans les textes, comme l’a fait remarquer Brice Lalonde. Les innovations financières n’ont pas avancé à Lima, malgré des side events passionnants, comme celui organisé par la Caisse des Dépôts sur l’investissement vert, ce sera à la société civile de les soutenir.
Un autre est l’absence de déclarations sur la restauration de sols dans le projet de déclaration, si bien que les pays qui souffrent de sécheresse pensent à créer un groupe autonome, comme les Aosis.
De toute façon, outre les rencontres informelles, quatre rencontres sont prévues avant Paris, trois sessions de négociation à Genève et Bonn, et une à l’invitation du Président de l’Assemblée générale de l’ONU le 29 juin 2015. C’est vrai qu’il reste un an pour surmonter ces difficultés, et que tant Laurent Fabius que François Hollande considèrent le Sommet de Paris comme leur priorité.

Sur le plan des entreprises
Celles-ci, moins présentes qu’à Varsovie, se sont réunies dans plusieurs Business Forum, avec le Global Compact, EPE, et militent pour la mention de l’association des acteurs non étatiques dans le texte, dont la France souhaite que le rôle soit reconnu via un « agenda des solutions ».
Les représentants des entreprises françaises ont notamment souhaité que le texte final apporte une reconnaissance aux accords sectoriels globaux qui ont déjà été signé par les entreprises, et un encouragement à leur multiplication.

A signaler
Un side-event consacré aux observatoires du changement climatique dans les régions tropicales, le 10 décembre. Après une présentation de trois observatoires emblématiques pour l’Institut, sur les glaciers tropicaux (Glacioclim), sur les fleuves amazoniens (Hybam) et sur la mousson africaine (AMMA-Catch), les chercheurs ont lancé le débat sur la consolidation et la pérennité nécessaires de ces dispositifs communs et sur le renforcement des collaborations entre scientifiques et décideurs dans ce domaine.

Lima: on entre dans le dur

par Valéry Laramée de Tannenberg

(article paru le 08 décembre dans le Journal de l’Environnement)

Les négociateurs présents au sommet climatique de Lima disposent depuis ce matin d’une première mouture de pré-accord. Ils ont désormais 6 mois pour tenter de se mettre d’accord. Ce qui est loin d’être acquis.

Après une première semaine où chaque partie à la négociation a rappelé sa position initiale, les véritables négociations ont débuté au sommet climatique de Lima. Pour mémoire, l’ambition du gouvernement péruvien est que cette COP 20 accouche d’un projet d’accord universel, lequel serait finalement conclu lors du sommet de Paris, en décembre 2015.

Ce lundi 8 décembre, les deux présidents du groupe de travail sur la Plate-forme de Durban pour une action renforcée (ADP) ont proposé des «éléments pour un projet de texte à négocier». Rien que de très normal, ils remplissent là leur mission. Comprenant une centaine d’articles (avec plusieurs options chaque fois), ce pré-projet d’accord fera frémir bien des observateurs, à commencer par les compagnies pétrolières.

Objectif 2°C voire 1,5°C
L’ADP propose ainsi que l’objectif dudit accord soit de stabiliser le réchauffement à 2°C (par rapport à l’ère pré-industrielle), voire 1,5°C. L’atteinte d’un tel objectif nécessitera des efforts sans précédents. Les experts de l’ADP ouvrent d’ailleurs plusieurs pistes: la neutralité carbone pour 2050 avec des émissions négatives pour 2100; abattre de 40 à 70% les émissions de gaz à effet de serre entre 2010 et 2050 selon les «responsabilités historiques, les capacités et l’état de développement des Etats»; réduire «de moitié, au moins» les émissions de GES d’ici 2050; faire baisser les émissions mondiales de GES dès 2015 pour stopper tout rejet vers 2050; stabiliser la concentration de GES à 350 parties pour million (ppm).

Après l’atténuation, l’adaptation est un autre chapitre majeur du document provisoire. Visiblement très discutée, cette partie n’est pratiquement constituée que d’options sur lesquelles les négociateurs devront s’entendre. L’une d’entre elles prévoit que les pays «développés» consacrent «au moins» 50 milliards de dollars par an (40,7 Md€), entre 2020 et 2025, et «au moins» 100 Md$ par la suite au financement de l’adaptation aux conséquences des changements climatiques des pays en développement. De quoi faire jaser dans les ministères des finances. D’autant que ces montants, aussi importants soient-ils, sont probablement très éloignés des besoins réels.

Hausse du devis de l’adaptation
Vendredi 5 décembre, le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) a révisé à la hausse ses estimations en la matière. «Même en réduisant les émissions de gaz à effet de serre jusqu’au niveau requis pour limiter la hausse des températures mondiales à 2°C au cours de ce siècle, le processus d’adaptation au changement climatique dans les pays en développement coûtera probablement deux à trois fois le montant prévu, estimé entre 70 et 100 Md$ par an d’ici 2050», indique le Pnue dans un rapport. L’an passé, la communauté internationale a consacré environ 25 Md$ (20,3 Md€) de fonds publics à l’adaptation.

Qui paiera?
A la question de savoir qui devra payer, le document propose de nombreuses réponses: les pays de l’annexe B du protocole de Kyoto ou toutes les parties à la convention de l’ONU sur le changement climatique? A supposer que les négociateurs cochent une case, il leur faudra aussi déterminer l’usage de cette manne: la promotion du développement durable, le financement des technologies bas carbone, l’intégration des objectifs climatiques dans les activités concernées (énergie, agriculture, urbanisme, transport, fiscalité, aménagement du territoire).

L’article 36 ne sera pas le moins débattu. Il porte sur le financement des instruments financiers, et notamment sur le fonds climatique vert. Pour en assurer l’efficacité, une «option» suggère qu’il soit massivement abondé par les pays les plus industrialisés. Dès 2020, ces derniers pourraient devoir lui verser l’équivalent de 1% de leur PIB. On imagine déjà les hurlements des grands argentiers. Pour le transfert, du Nord au Sud, des technologies propres et sobres, c’est un peu moins cher: «Le plancher est fixé à 100 Md$/an.»
Voilà pour les principaux points de l’esquisse. Les discussions devraient durer encore quelques mois, l’objectif fixé à l’ADP étant de présenter un projet d’accord acceptable par la plupart des parties d’ici le mois de mai 2015. Six mois ne seront pas de trop.

Lima III (9 décembre) : Les ministres se réunissent

Les négociations internationales sur le climat entrent aujourd’hui à Lima dans une deuxième semaine décisive pour garder l’espoir de parvenir dans un an à un accord . Les ministres sont désormais là pour donner un élan politique. Ils doivent au moins s’entendre sur les deux points encore non résolus :

– Comment poursuivre l’alimentation du fonds vert : 10 mds au sortir de Lima, 100 milliards en 2050 (quelle feuille de route pour 2020 prouvant la stabilité des financements publics et donnant une lisibilité aux investisseurs?) « quelle meilleure opportunité que de faire ça lors de la séance interministérielle mardi ? Le Secrétariat considère la Séance comme une opportunité unique pour les Ministres de souligner que les financements publics abondent et de confirmer leur intention de les augmenter  » ont déclaré les ONG dans la lettre ECO n°6)

– Garder les pays pauvres au sein de la négociation et leur faire accepter les contraintes.

La gestion de la responsabilité historique des pays riches dans les émissions de gaz à effet de serre (ou le fameux principe de différenciation en termes onusiens), tout comme l’aide aux pays du Sud et le contenu possible des engagements de chaque pays pour réduire les gaz à effet de serre ( » les fameuses contributions nationales ») restent les trois points clivant en débat.

Restent à l’ordre du jour des négociations graves qui ne seront sans doute pas résolues : Aller vers un accord juridiquement contraignant : l’appel de Stern a conforté ceux qui n’y croient pas; refus des pays arabes à reconnaître des droits égaux aux hommes et aux femmes; refus à reconnaître le droit des peuples indigènes et mise en question de l’acceptation des mécanismes de développement propre (notamment les grands barrages); investissements en Afrique pour le développement des énergies renouvelables.

Demain soyez au rendez vous pour le bilan des premières rencontres ministérielles.

 

Lima II (6 Décembre)

Actuellement, à mi parcours, les blocages de la négociation tournent beaucoup plus autour des engagements financiers qu’autour des engagements de réduction, qui ne pourront de toute façon, ne se faire….qu’avec des engagements financiers !

Ce qui se prépare à Lima c’est le rendez vous de Mars : l’engagement des Etats Nations sur le plan financier.

Charbon : des victoires mais aussi des blocages :

La Société Générale après les occupations de ses agences par les Amis de la Terre vient de « suspendre son mandat » dans le projet Alpha Coal, vaste projet minier en Australie situé près de la barrière de corail . Selon Greenpeace ce site se classera parmi les dix plus grands émetteurs mondiaux de dioxyde de carbone lorsqu’il atteindra sa capacité maximale. Mais une victoire n’est pas remporter la guerre.

A Lima , il n’est pas du tout évident aujourd’hui, que les énergies fossiles soient retirées des capacités de financement par le Fonds Vert.

En mai plus de 250 mouvements et ONG , du Nord et du Sud, avaient écrit au Board du Fonds Vert demandant un positionnement clair par rapport aux financements des énergies fossiles « Le mandat du Fonds Vert qui était d’accompagner un « changement de paradigme » serait totalement incompatible avec un soutien à notre addiction mondiale aux combustibles fossiles… » (ECO n°6)

Or ces financements pourraient revenir dans le circuit, via les engagements financiers climat au titre des financements précoces. Par ailleurs , à la remarque « nous manquons d’argent » force est de constater que 26,6 milliards sont encore dépensés par les pays de l’Annexe 2 pour l’exploration de nouvelles réserves pétrolières.

Le financement de l’adaptation

Comme nous l’avions prédit, le financement des objectifs du développement durable (ODD) via le débat en cours sur l’ADP (aide publique au développement) et ceux de la Cop climat se rejoignent. L’investissement dans les énergies renouvelables semblent ne pas poser de problème (il est lié au développement industriel du Nord , la fameuse « croissance verte » ). Plus difficile est de trouver les fonds qui permettront l’adaptation des pays les plus vulnérables (alimentation, santé, infrastructures…)

Via le rapport du PNUE sur l’atténuation et l’adaptation, il est en effet prévu que le coût de l’adaptation serait de 500 milliards en 2050. Alors que pour les pays en développement l’engagement à hauteur des 100 milliards promis à Copenhague devient de plus en plus urgent, il n’existe actuellement pour eux aucune lisibilité des engagements à horizon 2020 ; ils ne peuvent prévoir et ne savent sur quoi agir d’urgence. Et surtout , ils se demandent quels instruments et canaux seront utilisés.

Une double attente se dessine : 10 à 15 milliards au sortir de Lima, MAIS AVEC une prévision (ou feuille de route ?) pour 100milliards en 2020 (à Paris?)

Mesures de sauvegarde : rien ne va plus pour l’accord REDD+

A mi parcours , blocage total du G77. Les bailleurs demandent plus d’informations sur comment les mesures de sauvegarde sont « adressées et respectées » pour s’assurer qu’elles soient « transparentes, consistantes, exhaustives et effectives ». Mais clairement les pays en développement s’opposent à ce « rapportage » Cela met donc en question le droit des peuples indigènes face à la déforestation (ou à la reforestation). L’impasse du REDD dans le SBSTA (Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique : il sert de lien entre les renseignements et les évaluations provenant des experts du GIEC notamment et les élements nécéssaires à la COP pour définir sa politique) signifie qu’il est difficile de savoir si le REDD+ arrivera à préserver les droits des peuples indigènes et des communautés locales, ou à protéger la biodiversité et les forêts naturelles. Cela accroît les risques, et signifie qu’il deviendra encore plus difficile d’obtenir des fonds pour la protection des forêts. « Nous disons PAS DE DROITS, PAS DE REDD » (ECO n°6).

Lima I (2 et 3 Décembre), comme si vous y étiez

par Dominique Martin Ferrari

(Article paru sur le site de Mediapeps www.mediapeps.org)

 

– L’impression pour tous d’arriver sur un terrain fertile (autre ambiance que l’arrivée en ¨Pologne il y a un an !) :

– une COP bien préparée : par la présidence péruvienne,par les accords Chine/USA qui même insuffisants, ont filé un éléctrochoc au « malade », le début des engagements financiers du fonds verts

POUR RAPPEL : LES ENJEUX

LES EXIGENCES

La feuille de route est claire : Préparer l’accord de Paris en Décembre 2015 qui reposera sur trois décisions clés devant être prises à Lima : les éléments de l’accord de 2015, les niveaux d’exigence des iNDC (contributions nationales), et les moyens de montée en puissance des ambitions pré-2020. Ces résultats vont permettre de définir les contours d’un nouvel accord global.

– Doit être abordé également, un objectif de long terme pour la suppression progressive des émissions de combustibles fossiles

– l’introduction progressive des ENR . (Pour les ONG 100% pas plus tard que 2050 ) Elles doivent être selon le GIEC multipliées par 3 ou 4 d’ici 2050 . L’analyse de la plus value de chacune est en débat (éolien, solaire, captation carbone, nucléaire) Nous reviendrons sur ce sujet (dans LIMA3) car c’est bien sûr un point de conflit important entre industriels et ONGs side events du 2 Décembre du club France http://www.comite21.org/docs/actualites-comite-21/2014/cop20/side-event-club-france-developpement-durable.pdf

– la mise en place d’un régime de financement solide lié à un système de mesures et vérifications (MRV) solide.

LES ESPOIRS

– Les iNDC ( contributions nationales) : elles vont sans doute progresser sur la question de l’atténuation (réduction des émissions), avec une proposition revue tous les cinq ans. Attendues : de nouvelles promesses 2020/2025. C’est ce premier tour de table des Etats que l’on attend et qui donnera le ton des jours à venir (Lima 2)

La société civile attend des engagements pour dès aujourd’hui et pas seulement pour 2020

– sur le plan financier : dépasser 10 milliards , aller jusqu’à 15 milliards à Lima ? L’Australie, l’Autriche, la Belgique, l’Irlande, l’Islande, la Gréce, le Portugal et l’Union européenne sont les Parties de l’Annexe 2 dont la contribution au Fonds vert pour le climat est toujours attendue. Une feuille de route devrait également être établie pour atteindre les 100 milliards

– sur le plan des engagements : la rapidité du réchauffement contraint les accords à être plus rapides dans leurs ambitions et à proposer des réductions immédiates

Que s’est il passé durant les deux premiers jours :

1° DECEMBRE :18h au pavillon Europe : la rencontre des ONGs pour faire pression sur les combustibles fossiles : toutes demandent d’arrêter le soutien à l’exploration de nouvelles réserves de combustible fossiles . Nous savons par le GIEC qu’il nous faudra laisser dans le sol une partie de nos réserves existantes si nous ne voulons pas dépasser les 2°

CE NE SERA PAS FACILE A FAIRE COMPRENDRE à des générations qui ont été biberonnées par la peur de manquer de pétrole !

2 et 3 DECEMBRE : REMISE A PLAT DES CONNAISSANCES par le GIEC, l’UNEP, la FAO et l‘AIE

Alors qu’on frôle le plus 2°, certains se battent encore pour limiter à +1,5.

Les indicateurs du GIEC leur donnent raison, car la dangerosité apparaît avant les 2°, notamment à échelle régionale : stress hydraulique, réduction de la production alimentaire et diffusion des maladies en Afrique ; risques d’inondations catastrophiques et vagues de chaleur mortelles en Asie ; risques moyens liés à la disponibilité d’eau douce et aux épisodes de chaleur extrêmes en Europe ; et confirmation des risques de disparition des massifs coralliens, de la multiplication des feux de forêts, de l’acidification des océans.

EN SAVOIR PLUS

Côté France que s’est il passé : Télécharger la note de cadrage du side-event 2 décembre
 (Contact : Sarah Schonfeld – schonfeld@comite21.org). 

Les adhérents du Comité 21 et du Club France à la COP20

WWF France : COP20, dernière répétition avant Paris Climat 2015

Télécharger le communiqué – (Contact : Marion Delros – mdelros@wwf.fr)

Le Partenariat français pour l’eau présent à la COP20

Télécharger le Flash de PFE

Retrouvez l’appel des 120 membres du PFE « Eau et dérèglement climatique »

(Contact : Héloise Chicou – heloise.chicou@partenariat-francais-eau.fr)

Autres actualités COP20

Suivez les négociations avec le Réseau Action Climat-France (avec le Climate Action Network International)

Découvrez l’édition #1 du Lundi 1er décembre 

Réseau Action Climat France : note de position « Lima, dernière étape décisive avant Paris Climat 2015 »

Télécharger la note de position du RAC