Climat, à nous de jouer !

Par Yves Leers

COP21YLeersPublié le 06/01/2016

Le pacte de Paris sur le changement climatique est bien un événement planétaire majeur qui va marquer tout le XXIe siècle, même si les ambitions sont plus fortes que les moyens d’y parvenir pour éviter le pire. Mais il s’agit d’un point de départ et non d’un aboutissement. À nous de jouer!

Le changement climatique, c’est une histoire de temps qui passe, un temps qui nous est compté. Par son caractère universel et inédit, l’accord de Paris a déclenché le compte à rebours, au sens propre d’un « décompte vers une fin connue » : celle d’un réchauffement au-delà des 2 degrés Celsius ou en deçà comme il faudrait s’y tenir. Lire la suite

Assises Nationales des énergies marines renouvelables

Mardi 19 mai, dans le cadre de la Convention Internationale des Energies Marines Renouvelables, Thétis EMR, le Syndicat des énergies renouvelables organise la deuxième édition des Assises Nationales des Energies Marines Renouvelables intitulées «Maintenir le cap vers l’horizon industriel» au Parc des Exposition de Nantes, EXPONANTES.
Cet évènement, a obtenu le soutien du Comité de pilotage ministériel de la COP21 et sera donc labellisé COP21.

Les énergies renouvelables, le choix pour notre siècle – 16e assises du SER

par Dominique Martin Ferrari

Le grand amphi de l’Unesco fait en ce 12 Février 2015, salle pleine. Plus de mille participants, des personnalités internationales du climat, le Premier Ministre, les entreprises des énergies renouvelables , se retrouvent pour les 16° assises du SER, le syndicat des énergies renouvelables.

Ouvertes par un petit film, dont on regrettera qu’il oublie dans la présentation des ENR en France, ses outremers, ces assises présentent un caractère exceptionnel en plein débat parlementaire sur la loi de transition énergétique et de préparation de la conférence de Paris de Décembre prochain.

Le président du SER, Jean Louis Bal se félicite d’abord du chemin parcouru : « nous vivons une véritable révolution énergétique, une révolution qui voit le développement des ENR . Une véritable mutation . Les gisements sont bien repartis . Il n’est pas de zones géographiques dans le monde, vierges de ressources, c’est une garantie d’approvisionnement sans variabilité de prix et aujourd’hui les plus matures sont les plus compétitives des productions décarbonnées (pique à l’encontre du nucléaire ndlr ). Plus de 140 pays se sont déjà fixés des objectifs de développement. Ce n’est plus une lubie de pays riches. »

Des progrès sont à venir et pour grandir sur les marchés internationaux, les ENR ont besoin de disposer d’un marché domestique crédible. Jean Louis Bal, avant de remettre à Manuel Valls le programme de travail commun 2015 entre le SER et l’Etat , accompagné de ses propositions pour un agenda des solutions positives, a rappelé combien d’obstacles avaient dû franchir les industriels des ENR « Nos industriels ont trop longtemps souffert de la tergiversation des politiques d’aide, surtout dans le secteur du solaire. Faisons de la loi de transition énergétique l’expression de la volonté publique et prenons soin d’établir une programmation annuelle ambitieuse. Dans chaque filière nous pouvons porter des champions nationaux. Les investissements d’avenir peuvent jouer un rôle comme le prouve le secteur des énergies marines renouvelables. La compétition est mondiale, les synergies européennes bienvenues »

Ce vœu restera t il sans lendemain ? Manuel Valls préfère parier l’avenir sur l’excellence de nos filières, certes mais aussi sur le consensus : « reconciliation entre écologie et économie, filières ENR et nucléaire, croissance et réduction de l’empreinte écologique. « On lui souhaite bonne chance pour ces paris souvent antinomiques et dignes des travaux d’Hercule! Il a cependant engagé son gouvernement dans un soutien ferme aux filières d’avenir, notamment aux énergies marines.

Une table ronde de « grands », un souffle d’air et d’engagement

Ils sont tous diplomates de la planète de par leur engagement : Rajendra Pachauri, président du GIEC, Jean Jouzel, climatologue, prix Nobel, Monique Barbut secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies pour la désertification, Isabelle Autissier, navigatrice et présidente du WWF, Bertrand Piccard concepteur du Solar Impulse. Ils témoignent sous la férule éclairée d’Eric Orsenna. L’immortel qui connaît la valeur du temps, et de « cette langue française qui a le même mot pour donner le temps de l’horloge et le temps qu’il fait ».

Piccard, « chevalier de la solution » après avoir présenté l’exploit des aventures de son avion solaire, a plaidé pour la force des solutions et l’urgence. Urgence reprise par Isabelle Autissier qui au gré de ses voyages découvre une réalité qui dérange : « on a beau avoir lu les rapports quand on voit ce qui se passe sur le terrain, on a froid dans le dos ». Sous ses yeux , le grand nord se modifie ; le permafrost fond, libérant les milliards de tonnes de méthane emprisonnés par les siècles ; la fin des glaces d’été marque la fin des grandes espèces qui dépendent de la banquise. « Déjà les espèces remontent : le plancton de 470km par décennie, les poissons de 50km. Aujourd’hui, si l’on considère uniquement les pêcheries de morue de l’extrême nord, 2Md d’euros sont en jeu dans les 10/15 prochaines années ! Et en plus, cette fonte permet l’exploitation de nouvelles ressources fossiles ! »

Le ton devient encore plus grave quand Monique Barbut prend la parole : « 167 pays sur les 195 qui seront à Paris , se sont déclarés affectés par la dégradation des terres et par la désertification. Selon les rapports américains, il y a déjà 135M de refugiés climatiques, et 500M de petits paysans qui vivent sur des surfaces d’un ha vont être à la rue, avec les risques d’insécurité et de violence que cela représente. Qu’est ce qui s’est passé en Syrie entre 2004 et 2006, les pires années de sécheresse ? Ils se sont retrouvés à 1M à rejoindre le million de refugiés irakiens . N’est ce pas une explication à la violence dans ce pays ? Ils seront 67 pays à Paris à n’avoir ni énergie, ni forêt à négocier. Ils représentent un potentiel de 500M d’ha de terres dégradées, capables de séquestrer 30% de CO2 si nous les aidons à les remettre en état, au lieu de prendre des terres sur les forêts et les marais.

On peut donc intervenir dans l’achat de ce temps de la séquestration immédiate, quand il faudra trente ans pour que les effets des négociations se fassent sentir». Une solution rarement entendue dans les grandes enceintes internationales , et qui a l’avantage de concilier la séquestration carbone, la fixation des populations, et représente une réponse à comment nourrir demain le monde.

Le manque de temps , l’accélération du phénomène

Dans la foulée , Christian De Perthuis a défendu fermement une autre solution immédiate : donner un prix au carbone. « Depuis 2000, notre économie fait des arbitrages en fonction des prix, et ces prix augmentent dramatiquement par les choix qui sont faits, les émissions de CO2. Ces prix sont ceux du carbone sous nos pieds. La valeur que nous accordons collectivement au climat vaut zéro. Notre économie fonctionne avec des règles dans lesquelles nous n’avons pas intégré la valeur du climat.(…) Le basculement ne sera pas assez rapide, vous mettrez 20 à 50 ans pour sortir des fossiles.(…) Si vous mettez un prix au carbone à 20 dollars , vous créez une richesse de mille milliards dans l’économie mondiale, vous financez la pomme de discorde du fonds de 100 milliards de dollars. Il n’y a plus qu’à négocier la répartition de la taxe. La vraie question politique, c’est en France, à qui vont les 4mds de la taxe ? »

Propos recueillis par Dominique Martin Ferrari (à suivre le plan de Ségolène Royal pour les ENR)

– See more at: http://www.mediapeps.org/option-future/16-assises-du-ser-les-enr-le-choix-pour-notre-siecle/#sthash.inyx1z24.dpuf

Lima I (2 et 3 Décembre), comme si vous y étiez

par Dominique Martin Ferrari

(Article paru sur le site de Mediapeps www.mediapeps.org)

 

– L’impression pour tous d’arriver sur un terrain fertile (autre ambiance que l’arrivée en ¨Pologne il y a un an !) :

– une COP bien préparée : par la présidence péruvienne,par les accords Chine/USA qui même insuffisants, ont filé un éléctrochoc au « malade », le début des engagements financiers du fonds verts

POUR RAPPEL : LES ENJEUX

LES EXIGENCES

La feuille de route est claire : Préparer l’accord de Paris en Décembre 2015 qui reposera sur trois décisions clés devant être prises à Lima : les éléments de l’accord de 2015, les niveaux d’exigence des iNDC (contributions nationales), et les moyens de montée en puissance des ambitions pré-2020. Ces résultats vont permettre de définir les contours d’un nouvel accord global.

– Doit être abordé également, un objectif de long terme pour la suppression progressive des émissions de combustibles fossiles

– l’introduction progressive des ENR . (Pour les ONG 100% pas plus tard que 2050 ) Elles doivent être selon le GIEC multipliées par 3 ou 4 d’ici 2050 . L’analyse de la plus value de chacune est en débat (éolien, solaire, captation carbone, nucléaire) Nous reviendrons sur ce sujet (dans LIMA3) car c’est bien sûr un point de conflit important entre industriels et ONGs side events du 2 Décembre du club France http://www.comite21.org/docs/actualites-comite-21/2014/cop20/side-event-club-france-developpement-durable.pdf

– la mise en place d’un régime de financement solide lié à un système de mesures et vérifications (MRV) solide.

LES ESPOIRS

– Les iNDC ( contributions nationales) : elles vont sans doute progresser sur la question de l’atténuation (réduction des émissions), avec une proposition revue tous les cinq ans. Attendues : de nouvelles promesses 2020/2025. C’est ce premier tour de table des Etats que l’on attend et qui donnera le ton des jours à venir (Lima 2)

La société civile attend des engagements pour dès aujourd’hui et pas seulement pour 2020

– sur le plan financier : dépasser 10 milliards , aller jusqu’à 15 milliards à Lima ? L’Australie, l’Autriche, la Belgique, l’Irlande, l’Islande, la Gréce, le Portugal et l’Union européenne sont les Parties de l’Annexe 2 dont la contribution au Fonds vert pour le climat est toujours attendue. Une feuille de route devrait également être établie pour atteindre les 100 milliards

– sur le plan des engagements : la rapidité du réchauffement contraint les accords à être plus rapides dans leurs ambitions et à proposer des réductions immédiates

Que s’est il passé durant les deux premiers jours :

1° DECEMBRE :18h au pavillon Europe : la rencontre des ONGs pour faire pression sur les combustibles fossiles : toutes demandent d’arrêter le soutien à l’exploration de nouvelles réserves de combustible fossiles . Nous savons par le GIEC qu’il nous faudra laisser dans le sol une partie de nos réserves existantes si nous ne voulons pas dépasser les 2°

CE NE SERA PAS FACILE A FAIRE COMPRENDRE à des générations qui ont été biberonnées par la peur de manquer de pétrole !

2 et 3 DECEMBRE : REMISE A PLAT DES CONNAISSANCES par le GIEC, l’UNEP, la FAO et l‘AIE

Alors qu’on frôle le plus 2°, certains se battent encore pour limiter à +1,5.

Les indicateurs du GIEC leur donnent raison, car la dangerosité apparaît avant les 2°, notamment à échelle régionale : stress hydraulique, réduction de la production alimentaire et diffusion des maladies en Afrique ; risques d’inondations catastrophiques et vagues de chaleur mortelles en Asie ; risques moyens liés à la disponibilité d’eau douce et aux épisodes de chaleur extrêmes en Europe ; et confirmation des risques de disparition des massifs coralliens, de la multiplication des feux de forêts, de l’acidification des océans.

EN SAVOIR PLUS

Côté France que s’est il passé : Télécharger la note de cadrage du side-event 2 décembre
 (Contact : Sarah Schonfeld – schonfeld@comite21.org). 

Les adhérents du Comité 21 et du Club France à la COP20

WWF France : COP20, dernière répétition avant Paris Climat 2015

Télécharger le communiqué – (Contact : Marion Delros – mdelros@wwf.fr)

Le Partenariat français pour l’eau présent à la COP20

Télécharger le Flash de PFE

Retrouvez l’appel des 120 membres du PFE « Eau et dérèglement climatique »

(Contact : Héloise Chicou – heloise.chicou@partenariat-francais-eau.fr)

Autres actualités COP20

Suivez les négociations avec le Réseau Action Climat-France (avec le Climate Action Network International)

Découvrez l’édition #1 du Lundi 1er décembre 

Réseau Action Climat France : note de position « Lima, dernière étape décisive avant Paris Climat 2015 »

Télécharger la note de position du RAC

Autre point de vue sur l’accord européen – PEC 2030 : une victoire européenne

Le 24 octobre 2014

par Valéry Laramée de Tannenberg

(article initialement paru dans le Journal de l’Environnement)

A l’arraché, les 28 ont accouché, aux premières heures de ce vendredi 24 octobre, d’un accord sur le climat. Le paquet Energie Climat 2030 fixe de grands objectifs à la politique communautaire. Et réforme le marché communautaire de quotas d’émission. Reste à savoir si cela sera suffisant.

On se serait cru au bon vieux temps des tractations sur les quotas laitiers. Jeudi 23 octobre, c’est en tout début de soirée que les 28 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union ont débuté le marathon du dernier conseil européen de l’année. En entrée, le paquet Energie Climat 2030 (PEC 2030). élaboré dans la foulée du PEC 2020, ce train de mesures doit encadrer les politiques énergétiques et climatiques des 28 pour les 15 prochaines années. Il constituera aussi la position communautaire, lors des prochains rounds de la négociation climatique.

Finalement, c’est vers 2 heures du matin que la nouvelle est tombée: les 28 s’étaient entendus sur les grands objectifs du PEC 2030. Il aura donc fallu trois conseils européens[1] pour trouver un accord. Et au vu des réticences polonaises à s’engager dans cette voie, l’accord n’était pas gagné.

20, 20, 20

Au final, l’Union européenne s’oblige, et de façon contraignante, à abattre de 40%, «au moins», ses émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030. Les optimistes diront qu’elle a déjà quasiment fait la moitié du chemin. Les pessimistes complèteront en disant que l’essentiel de cette performance est à porter au crédit des fermetures de centrales au charbon est-allemandes et britanniques et à la récession économique. Les réalistes souligneront que l’objectif pourrait être révisé pour le cas où un accord global de bonne facture serait conclu lors du sommet climatique de Paris, fin 2015.

40, 27, 27

Pour atteindre cet objectif majeur, l’UE fixe comme autre objectif, collectif et contraignant, l’obligation que 27% de l’énergie consommée «à l’horizon 2030» soit d’origine renouvelable. Toujours à la même échéance incertaine, les 28 devront améliorer de 27% aussi leur efficacité énergétique. Seule différence avec l’objectif précédent: ce dernier n’est pas contraignant. Au fameux 3×20 du PEC 2020 succède le 40, 27, 27.

Faire monter le prix du quota

Comme annoncé, lors de la présentation de sa première mouture, le PEC 2030 prévoit de réformer le système communautaire d’échange de quotas d’émission de GES, le fameux ETS. Le but poursuivi étant de le rendre plus efficace qu’il ne l’est depuis 7 ans. Première mesure actée: la réduction progressive de l’allocation annuelle de quotas. Jusqu’en 2020, on réduira de 1,74% le nombre de permis d’émission distribués ou mis aux enchères d’une année sur l’autre. A partir de 2021, ce «facteur annuel de réduction du plafond d’émission» passera à 2,2%. De quoi faire monter un peu les prix du quota.

Bonne nouvelle pour les industriels, le dispositif NER 300 est non seulement confirmé mais étendu. En clair, une réserve de 400 millions de quotas sera constituée (contre 300 millions actuellement). Le produit de leur mise aux enchères permettra non seulement de cofinancer des projets d’énergies renouvelables ou de captage-stockage géologique de CO2 (CSC), comme actuellement, mais aussi des projets industriels «bas carbone» plus classiques.

Financer les investissements

Parallèlement, une autre réserve comparable, portant sur 2% du volume de quotas, sera constituée. Gérée par la Banque européenne d’investissement, elle permettra de financer la modernisation des systèmes énergétiques des pays dont le PIB par habitant est inférieur à 60% de la moyenne de l’UE. En gros, on accorde un petit bonus aux états qui étaient farouchement opposés au PEC 2030. Et ça n’est pas le seul: 10% des quotas à mettre aux enchères par les 28 seront attribués aux pays dont le PIB par habitant est inférieur à 90% de la moyenne de l’UE. La mesure vise particulièrement la Pologne. Laquelle, comme d’autres pays sinistrés, pourra continuer d’allouer gratuitement des quotas à son secteur électrique jusqu’en 2030, 10 ans de plus que dans le reste de l’UE. «La prise de telles mesures de solidarité n’était pas attendue aussi rapidement», commente Emilie Alberola, spécialiste des marchés du carbone et de l’énergie à CDC Climat. C’est dire si les discussions préalables ont été serrées.

Haro sur les raffineurs

Le PEC 2030 initie d’autres évolutions qui devraient aboutir dans les prochains mois. L’une des plus importantes est la possibilité d’intégrer à l’ETS de nouveaux secteurs, à commencer par celui des transports terrestres. La demande n’est pas nouvelle. Elle a récemment été appuyée par le Danemark. En clair, les producteurs de carburants issus de combustibles fossiles —les raffineurs pour l’essentiel— seront non seulement soumis à des quotas d’émission pour leurs émissions directes (celles imputables à la production) mais aussi pour le contenu carbone des produits raffinés qu’ils mettront sur le marché.

Tout aussi important est la création prévue (mais non annoncée explicitement) d’un mécanisme permettant de réduire, voire de faire disparaître, les surplus de quotas. En raison des sur-allocations passées, de la faiblesse de l’activité économique, il y a beaucoup trop de quotas dans l’ETS. Ce qui explique le faible prix du quota. En 2020, ce surplus pourrait atteindre 2 milliards de quotas. Un chiffre appelé à doubler vers 2030.

Pour redonner de l’efficacité au dispositif, la Commission et le Parlement travaillent à la création d’un mécanisme permettant de mettre automatiquement de côté les quotas en surnombre et, inversement, de les réinjecter dans le marché en cas de disette. De quoi redonner de l’appétence aux traders. «Nos modélisations ont montré qu’avec un seul objectif contraignant de 40% de réduction d’émission, cette réserve de stabilité permettrait de faire monter le prix du quota à 70 euros en 2030», confirme Emilie Alberola. Dix fois plus qu’aujourd’hui!

EDF s’en tire bien

Bruxelles n’a jamais caché toute l’importance qu’elle accorde à l’amélioration du fonctionnement des marchés de l’énergie, notamment électrique. L’un des points noirs est le manque de capacité d’interconnexion, les lignes de transport traversant les frontières. Pour protéger leurs compagnies nationales, certains pays, comme la France, freinent l’ouverture de leur marché interne aux électrons étrangers. Dans le même temps, d’autres pays gros producteurs d’électricité éolienne (Espagne, Portugal, Allemagne) aimeraient vendre leur courant à bas coût les jours de grand vent. Pour réduire ce hiatus, le PEC 2030 oblige les 28 à disposer, en 2020 au plus tard, de capacités d’interconnexion égales à 10% de leurs capacités de production. Paris (ou EDF) s’en tire bien: dans l’Hexagone, l’objectif est déjà atteint.

Quel premier bilan tirer de ce vaste train de mesures? Politiquement, la Commission Barroso transmet à la Commission Juncker un sacré témoin. L’UE est désormais le premier ensemble géopolitique d’importance à prendre un tel engagement de réduction d’émission de GES. Un engagement qui sera la position communautaire lors des prochains rounds de la négociation climatique, à Lima et à Paris. Les diplomates des grands pays émetteurs (USA, Chine, Inde, Russie, Brésil, Indonésie, Mexique) savent désormais où se place le curseur.

Raccrocher la Pologne

Au plan européen, le bilan n’est pas totalement nul non plus. En conjuguant mesures contraignantes, volontaires et petits bonus, l’Europe réussit, en outre, à faire monter les pires pays charbonniers du continent dans le train climatique. «Et cela est d’autant plus méritoire qu’on a vraiment l’impression qu’il n’existe aucune volonté politique, en Pologne, de lutter contre le réchauffement», indique Teresa Ribera, directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Une volonté en tout cas contrariée par le fait que la Première ministre polonaise, Eva Kopacz, doit fermer des mines de charbon, dont la plupart produisent un charbon plus cher que la houille russe. Tout cela à un an d’élections générales. En accélérant le développement de nouveaux gazoducs et de terminaux de gazéification sur le continent, Bruxelles indique aussi à Moscou qu’elle entend réduire sa dépendance au gaz russe.

100.000 gueules noires

Climatiquement, le jugement est plus nuancé. Certes, vouloir abattre de 40% ses émissions est louable et sans équivalent dans le monde. Pour autant, le PEC 2030 paraît insuffisant pour aider la Pologne et les autres pays du triangle de Visegrad à décarboner leur système énergétique. La Pologne produit 80% de son électricité avec du charbon. Le secteur fait vivre encore 100.000 gueules noires qui travaillent dans 240 mines. Le tout à coup de milliards d’euros par an de subventions nationales et communautaires[2].

Aussi louable soit-elle, l’inclusion du transport terrestre dans l’ETS semble peu efficace. Une étude publiée le 14 octobre par Cambridge Econometrics estime qu’il faudrait que le prix du quota devienne prohibitif (217 €) pour qu’il oblige les industriels à livrer véhicules et carburants «bas carbone». Nous n’y sommes pas encore.

Le président français, François Hollande, a promis que «beaucoup» du programme de relance (300 Md€) promis par le nouveau président de la Commission serait consacré au PEC 2030. Or, rappelle Teresa Ribera, bon nombre de ses infrastructures, gazoducs, terminal méthanier, ne sont pas annonciatrices d’une baisse de la consommation d’énergie fossile. «Il ne faudra pas qu’au nom de la solidarité et de l’indépendance énergétique, nous fassions de mauvais choix pour le climat.»
[1] Ceux de mars, de juin et d’octobre.

[2] Selon Greenpeace, les mines polonaises ont reçu 34 Md€ d’aides publiques entre 1990 et 2012.

L’Europe aurait pu faire mieux

Décryptage des nouveaux objectifs européens en matière de lutte contre le changement climatique

le 24/10/14

par Dominique Martin Ferrari

A une heure ce 24 Octobre, les chefs d’Etat européens sont tombés d’accord sur un texte. Aucun Etat-membre de l’UE n’a proposé de revoir à la hausse l’objectif de 20 % de réduction d’émissions d’ici 2020. Il contient trois objectifs , mais beaucoup d’échappatoires et d’objectifs faibles :

– pas de mention de caractère domestique des baisse d’émissions,

– objectifs EE (efficacité énergétique) et ENR (énergies renouvelables) non contraignants,

– possibilité de financer des centrales charbon en Pologne et ailleurs en Europe via des soutiens publics européens,

– reproduction du fonds CCS (300 millions de quotas d’émission issus du plan de  » réserve destinée aux nouveaux entrants » pour financer des projets dans les renouvelables et la CSC (capture et stockage de carbone)

Les trois Objectifs pour 2030

1) une réduction « d’au moins 40% « des gaz à effets de serre par rapport à 1990.

François Hollande y voit un verre à moitié plein et juge l’accord « très ambitieux pour la planète » « Beaucoup pensaient qu’on s’arrêterait à 40% » Cet objectif de 40 % est pourtant largement insuffisant. Avec un tel objectif, l’UE repousse à l’après 2030 l’essentiel des efforts à réaliser d’ici à 2050. En effet, pour obtenir une réduction de 80 % des émissions, objectif minimal que s’est fixé l’Union européenne d’ici à 2050, cela reviendrait à planifier une diminution de 5 % par an de 2030 à 2050, contre à peine 1,3 % par an jusqu’en 2030. L’objectif pourra être révisé après la COP 21. Il s’agit d’une réduction globale. Le niveau d’effort de chacun sera déterminé par le critère du PIB par habitant. La question du partage du fardeau est centrale entre les pays les plus pauvres, principalement de l’est de l’Europe, qui dépendent encore largement des énergies fossiles comme le charbon, et les plus riches qui s’appuient sur le nucléaire ou sont déjà bien engagés dans la transition énergétique.

2) porter la part des énergies renouvelables à 27% de la consommation. Ce maigre objectif de 27 % d’énergies renouvelables d’ici 2030 ne permettra pas d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables en Europe et ne s’accompagne d’aucune clef de répartition par pays contraignante

et demande de 15% d’interconnexions (Espagne). La France s’est opposée à ce chiffre voulant le bloquer à 10%. Les détails pour y parvenir seront précisés plus tard, mais cette décision est cruciale : l’amélioration des interconnexions fait partie des outils pour accroître l’indépendance énergétique de l’UE, un enjeu rendu encore plus crucial par la crise en Ukraine et les menaces sur l’approvisionnement en gaz russe.

3) Les 30% d’économies d’énergie n’ont pas été retenus (pression du Royaume Uni), elles devront être « d’ au moins 27% »

Modalités retenues

– Le marché du carbone (ETS) a été aménagé pour les pays de l’Est. Des mécanismes de soutien vont être créés à partir du système des quotas européens d’émission de CO2 (mécanisme qui aurait dû expirer en 2020) Les chefs d’État ont décidé d’attribuer 10 % du volume global des certificats d’émission de la période 2020-2030 aux pays dont le PIB est inférieur à 90 % de la moyenne européenne.

Pour les pays dont le PIB est inférieur à 60% de la moyenne européenne , « un fonds de solidarité » sera alimenté par une petite partie (2%) des ventes de ces certificats d’émission gérés par les Etats bénéficiaires et non par la BEI (banque européenne d’investissement) « en toute transparence » pour les aider à moderniser leur production d’électricité.

La proposition de réforme de la Commission européenne pour renforcer le marché du carbone est aussi mentionnée dans les conclusions du Conseil européen, comme l’avait souhaité, entre autres, la France.

– Le fonds européen (New entrant réserve NER 300) est prolongé avec une augmentation des quotas (http://www.developpement-durable.gouv.fr/Presentation-du-fonds-europeen-New.html).

Des mécanismes de soutien vont donc être créés à partir du système des quotas européens d’émission de CO2, notamment par le fonds alimenté par une petite partie (2%) des ventes de ces certificats.

Le Conseil des chefs d’Etat se réserve la suite de l’élaboration de la politique climat /energie ce qui pose question au Parlement dans l’exercice de co-décision.

Le bilan de santé de l’industrie nucléaire face aux énergies renouvelables

Quelques jours avant l’ouverture du World Nuclear Exhibition à Paris Le Bourget, deux experts indépendants proposeront un regard industriel et économique sur l’état de la filière nucléaire dans le monde.

Cet éclairage s’appuiera notamment sur les données chiffrées disponibles, la comparaison des dynamiques entre cette filière et celles des énergies renouvelables et un zoom sur le choix industriel français.

En présence de : Mycle Schneider, consultant international sur l’énergie et la politique nucléaire ; Yves Marignac, directeur de WISE Paris ; et Sébastien Blavier, chargé de campagne nucléaire à Greenpeace France

Mycle Schneider est le coordinateur et auteur principal du ‘World Nuclear Industry Status Report’. Ce rapport annuel est devenu la seule référence internationale indépendante qui analyse l’état et l’évolution de l’industrie nucléaire dans le monde.

Yves Marignac est l’auteur de l’étude ‘Nucléaire français : un choix industriel en question’ dévoilée le jour du point presse. Il est également l’auteur du rapport ‘L’échéance des 40 ans pour le parc nucléaire français’ publié en février 2014.

Rencontres européennes de l’énergie citoyenne

L’heure est à la transition énergétique et citoyenne en France et en Europe. L’heure est à la discussion au Parlement du projet de loi relatif à la transition énergétique, qui fait la part belle à l’investissement participatif. L’heure est au premier débat public entre politiques et citoyens sur les projets citoyens d’énergie renouvelable !

Ainsi, la Fédération européenne des coopératives d’énergie renouvelable REScoop.eu, dont Enercoop est un membre fondateur, organise le 3 octobre à Lille les premières rencontres européennes de l’énergie citoyenne.

Cet événement institue pour la première fois un débat d’envergure entre toutes les parties prenantes, françaises et européennes. En effet, ces premières rencontres européennes vont associer autour d’une même table des représentants de la Commission Européenne, de l’Assemblée nationale, du Ministère de l’Écologie et du Conseil Économique et Social Européen aux côtés de collectivités, de porteurs de projets citoyens et de chercheurs de toute l’Europe.

Ainsi pour la première fois, les enjeux concrets de l’énergie citoyenne, qui s’institutionnalisent au niveau européen et français, seront mis au premier plan du débat politique. Les représentants des pouvoirs publics échangeront à cette occasion avec les porteurs de projets locaux sur les enjeux et solutions pour développer ces projets citoyens.

New York : un sommet climatique pour rien ?

Le 24 septembre 2014

par Valéry Laramée de Tannenberg

(article paru dans le Journal de l’environnement)

 

L’ONU a réuni le 23 septembre des centaines de chefs d’Etat, d’entrepreneurs, d’élus locaux et d’associatifs. L’occasion de faire le point sur les concessions que ces parties sont déjà prêtes à faire. Mais la négociation est loin d’être terminée.
Les 120 chefs d’Etat et de gouvernement qui ont participé, mardi 23 septembre, au sommet sur le climat organisé à New York par l’ONU, étaient attendus. Dimanche dernier 21 septembre, des centaines de milliers de manifestants (dont 4.000 à Paris) ont appelé les gouvernants à agir pour stabiliser le réchauffement climatique. Ils ont été, en partie, entendus.
Nombre d’acteurs ont pris solennellement des engagements qui vont dans le bon sens. Plus de 130 gouvernements, compagnies et associations ont adopté une «Déclaration de New York sur les forêts», en s’engageant à réduire de moitié la déforestation d’ici 2020, avant d’y mettre fin d’ici 2030. Rejetée par le Brésil, la Déclaration appelle aussi à restaurer 350 millions d’hectares de forêts et de terres agricoles. Combinés, ces trois objectifs permettraient d’éviter l’émission de 4,5 à 8,8 milliards de tonnes de gaz à effet de serre par an d’ici 2030.

ENR, VÉHICULES ÉLECTRIQUES, FUITES DE GAZ
Une vingtaine de pays africains se sont engagés à produire 40% de leur électricité, au moins, avec des énergies renouvelables en 2030, contre 12% aujourd’hui. Les petits pays îliens vont investir 500 millions de dollars (391 M€) pour construire 100 mégawatts électriques de capacités photovoltaïques. Sous la férule de Michelin, une dizaine de partenaires, industriels et institutionnels, ont annoncé le lancement de l’Urban Electric Mobility Initiative, afin de développer l’utilisation du véhicule électrique. L’organisation de l’aviation civile internationale a réitéré son objectif de diviser par deux les émissions de l’aviation commerciale entre 2005 et 2050. Des maires des plus grandes villes du monde ont estimé qu’ils pouvaient abattre de 8 Mdt les émissions urbaines vers 2050. Multinationales du pétrole et collectivités ont aussi conclu un partenariat pour réduire les rejets fugitifs de méthane, un puissant GES.
Quelques pays ont annoncé qu’ils allaient enfin abonder, d’ici 2018, le fonds vert climatique. D’ores et déjà, 2,5 Md$ (2 Md€) auraient été promis, dont 1 milliard par la France. Comme en 2009, le président du Costa Rica a annoncé un moratoire sur l’exploitation du pétrole. Pour le reste, il faudra se contenter de peu.
UN LEADERSHIP SINO-AMÉRICAIN?
José Manuel Barroso a rappelé que l’Union européenne prévoyait de réduire de 40% ses émissions de GES entre 1990 et 2030. A condition que le Conseil européen du mois d’octobre avalise cet objectif. Un objectif repris à son compte par David Cameron, le Premier ministre britannique.
Très attendu, Barack Obama a confirmé que les Etats-Unis réussiraient à réduire de 17% leurs émissions entre 2005 et 2020. Le président américain a lancé un appel au gouvernement chinois pour conclure un accord «ambitieux» en 2015. Pour les Américains, la signature d’un traité international est, en revanche, totalement exclue. Car il ne serait pas ratifié par le Congrès.
Le vice-Premier ministre chinois n’est pas resté sourd à l’appel américain. Il a indiqué que les émissions chinoises seraient stabilisées «dès que possible». «La Chine fera de plus grands efforts pour lutter contre le changement climatique et prendre ses responsabilités internationales», a mystérieusement conclu Zhang Gaoli.
Bien sûr, ces annonces ne satisferont pas les climatologues. Pour autant, New York n’était pas un round de négociations. Organisé par son secrétaire général, le sommet était surtout un moyen (très limité) pour l’ONU d’inciter les parties à la convention sur les changements climatiques de préparer leur stratégie anti-carbone.
FAIRE LE POINT
Dans un entretien accordé à L’Usine à GES, Paul Watkinson, chef des négociateurs français rappelle que la réunion était surtout l’occasion pour les chefs d’Etat de «faire le point, souligner leur engagement à trouver un accord à Paris, mais également pour donner une impulsion aux initiatives collaboratives bénéficiant autant au climat qu’au développement».
Les «vraies» mesures seront publiées entre le sommet climatique de Lima (décembre prochain) et le printemps 2015. C’est seulement sur ces bases que les diplomates réussiront (ou non) à rédiger l’accord «universel» qui pourrait être signé à Paris en décembre 2015.