Lima II (6 Décembre)

Actuellement, à mi parcours, les blocages de la négociation tournent beaucoup plus autour des engagements financiers qu’autour des engagements de réduction, qui ne pourront de toute façon, ne se faire….qu’avec des engagements financiers !

Ce qui se prépare à Lima c’est le rendez vous de Mars : l’engagement des Etats Nations sur le plan financier.

Charbon : des victoires mais aussi des blocages :

La Société Générale après les occupations de ses agences par les Amis de la Terre vient de « suspendre son mandat » dans le projet Alpha Coal, vaste projet minier en Australie situé près de la barrière de corail . Selon Greenpeace ce site se classera parmi les dix plus grands émetteurs mondiaux de dioxyde de carbone lorsqu’il atteindra sa capacité maximale. Mais une victoire n’est pas remporter la guerre.

A Lima , il n’est pas du tout évident aujourd’hui, que les énergies fossiles soient retirées des capacités de financement par le Fonds Vert.

En mai plus de 250 mouvements et ONG , du Nord et du Sud, avaient écrit au Board du Fonds Vert demandant un positionnement clair par rapport aux financements des énergies fossiles « Le mandat du Fonds Vert qui était d’accompagner un « changement de paradigme » serait totalement incompatible avec un soutien à notre addiction mondiale aux combustibles fossiles… » (ECO n°6)

Or ces financements pourraient revenir dans le circuit, via les engagements financiers climat au titre des financements précoces. Par ailleurs , à la remarque « nous manquons d’argent » force est de constater que 26,6 milliards sont encore dépensés par les pays de l’Annexe 2 pour l’exploration de nouvelles réserves pétrolières.

Le financement de l’adaptation

Comme nous l’avions prédit, le financement des objectifs du développement durable (ODD) via le débat en cours sur l’ADP (aide publique au développement) et ceux de la Cop climat se rejoignent. L’investissement dans les énergies renouvelables semblent ne pas poser de problème (il est lié au développement industriel du Nord , la fameuse « croissance verte » ). Plus difficile est de trouver les fonds qui permettront l’adaptation des pays les plus vulnérables (alimentation, santé, infrastructures…)

Via le rapport du PNUE sur l’atténuation et l’adaptation, il est en effet prévu que le coût de l’adaptation serait de 500 milliards en 2050. Alors que pour les pays en développement l’engagement à hauteur des 100 milliards promis à Copenhague devient de plus en plus urgent, il n’existe actuellement pour eux aucune lisibilité des engagements à horizon 2020 ; ils ne peuvent prévoir et ne savent sur quoi agir d’urgence. Et surtout , ils se demandent quels instruments et canaux seront utilisés.

Une double attente se dessine : 10 à 15 milliards au sortir de Lima, MAIS AVEC une prévision (ou feuille de route ?) pour 100milliards en 2020 (à Paris?)

Mesures de sauvegarde : rien ne va plus pour l’accord REDD+

A mi parcours , blocage total du G77. Les bailleurs demandent plus d’informations sur comment les mesures de sauvegarde sont « adressées et respectées » pour s’assurer qu’elles soient « transparentes, consistantes, exhaustives et effectives ». Mais clairement les pays en développement s’opposent à ce « rapportage » Cela met donc en question le droit des peuples indigènes face à la déforestation (ou à la reforestation). L’impasse du REDD dans le SBSTA (Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique : il sert de lien entre les renseignements et les évaluations provenant des experts du GIEC notamment et les élements nécéssaires à la COP pour définir sa politique) signifie qu’il est difficile de savoir si le REDD+ arrivera à préserver les droits des peuples indigènes et des communautés locales, ou à protéger la biodiversité et les forêts naturelles. Cela accroît les risques, et signifie qu’il deviendra encore plus difficile d’obtenir des fonds pour la protection des forêts. « Nous disons PAS DE DROITS, PAS DE REDD » (ECO n°6).

Climat : Les Etats Unis s’y mettent

par Dominique Martin Ferrari

Le 14/11/14

Malgré leurs habitudes et leurs réserves quant au multilatéralisme, les Etats-Unis se préparent à la COP 21 de 2015. La défaite électorale d’Obama lui aurait- elle donné des ailes pour le dossier climat ? A défaut de s’engager sur un accord contraignant, va- t-il désormais multiplier les engagements ?

Après un accord de première importance avec la Chine, il promet de verser une contribution de 3 milliards au fonds vert et ce, pendant le sommet de Brisbane (G20/ 15/16 Novembre ), où il précisera également ses engagements en matière de réduction des HFC (gaz à effet de serre) en amont de la 26° conférence qui s’ouvrira à Paris le 24 Novembre prochain.

Un geste qui ravira François Hollande venu pour la première fois en Australie faire son lobby pour la COP 21. N’oublions pas que comme le Canada, l’Australie ne s’engage plus: le 1° Ministre Tony Abott ayant il y a quelque temps déclaré « le réchauffement climatique est une connerie absolue » , et réaffirmé Jeudi dernier que « rien ne détournera l’ordre du jour du G20 (croissance , fraude fiscale, relations internationales…) Il y a beaucoup d’autres enceintes pour parler de climat » . Pourtant un dossier brûlant s’est invité à l’ordre du jour de ce G20, celui des subventions aux énergies fossiles. N’oublions pas que l’Australie est le 2° pays importateur mondial de charbon. Il y a cinq ans le G20 s’engageait à mettre un terme aux énergies fossiles Le sommet de Brisbane va t il obtenir ce que le sommet de Ban Ki-Moon en Septembre dernier n’a pu obtenir ?

Car ce sont vraiment les pays du G20 qui sont responsables des subventions aux énergies fossiles « selon un calcul réalisé par un think-tank indépendant et une ONG pro-environnementale, Overseas Development Institute et Oil Change International, publié dans un rapport, mardi 11 novembre. Les deux organisations ont distingué les subventions versées par des entreprises d’Etat (estimées à 49 milliards de dollars par an), les fonds versés via des aides publiques directes et des exemptions fiscales (23 milliards de dollars) et des financements via des banques publiques et des institutions internationales dont la Banque mondiale (16 milliards de dollars). « ( source: Le Monde 11/11/2014 http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/11/11/energies-fossiles-le-montant-des-subventions-des-pays-du-g20-critique_4521521_3244.html)

 

Transition énergétique: les climatologues ne lui disent pas merci

par Valéry Laramée de Tannenberg

(publié initialement dans le Journal de l’Environnement), octobre 2014

Interrogés par le JDLE, quatre chercheurs français regardent le projet de loi sur la transition énergétique avec scepticisme.
A peine adopté par l’Assemblée nationale, le projet de loi sur la transition énergétique fait bondir plus d’un climatologue. Invité, ce jeudi 16 octobre, de l’association des journalistes de l’environnement (AJE), François-Marie Bréon a critiqué l’un des points-clés du texte présenté par la ministre de l’écologie. «Je ne comprends pas comment l’on peut imaginer abattre de 40% les émissions de gaz à effet de serre, entre 1990 et 2030, en réduisant ainsi la part du nucléaire», s’interroge le directeur adjoint du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CNRS-CEA-UVSQ). Le texte adopté par les députés le 14 octobre impose à EDF de réduire à 50%, «à l’horizon 2025», la part de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité, contre 75% actuellement.

STOCKAGE OU THERMIQUE
Interrogé sur le renforcement annoncé des sources renouvelables de production d’énergie (32% en 2030, contre 23% en 2020), le climatologue estime qu’un tel objectif n’est atteignable qu’à condition de mettre en service des centrales thermiques d’appoint ou de développer des capacités de stockage d’énergie de grande puissance. Ce qui n’est effectivement pas à l’ordre du jour.

LIMITER L’ÉLECTRICITÉ FOSSILE
Membre du groupe 1 du Giec[1], François-Marie Bréon suggère un amendement aux sénateurs: «Il serait bon que l’on limite la production d’électricité à partir d’énergies fossiles, comme on l’a fait avec le nucléaire. Faute de quoi les émissions françaises ne pourront que repartir à la hausse».
Un pronostic partagé par d’autres chercheurs. Interrogée par le JDLE, Valérie Masson-Delmotte porte un regard critique sur le texte, tout en reconnaissant ne pas disposer d’outil pour «évaluer simplement si les moyens envisagés permettront d’atteindre les objectifs affichés». «Malgré un objectif explicite pour les renouvelables, la baisse de la part du nucléaire dans la production électrique fait redouter un recours croissant aux énergies fossiles.»

PAS DE MESSAGE LISIBLE
La paléoclimatologue du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) redoute aussi que les mesures prévues manquent d’efficacité: «En l’état, ni pour la partie logement, ni pour la partie transport, ni pour la partie agriculture, ni pour la partie industrie, je ne vois de mesures aptes à amener une telle diminution. Et les décisions récentes du gouvernement (pas d’écotaxe, nouvelles lignes de bus qui concurrencent le transport en train, forte baisse du budget du ministère de l’écologie) ne vont d’ailleurs pas dans le sens d’un message lisible concernant une décarbonation.»
L’économiste du climat Christian de Perthuis ne cache pas, lui non plus, son pessimisme: «En l’absence de précision sur les instruments économiques et les financements, il est très difficile d’avoir une anticipation de ce qui peut être atteint. Or, ce sont précisément les éléments les plus faibles du projet».
Le texte voté oblige à réduire la consommation d’énergies fossiles de 30% entre 2012 et 2030, sans donner le moindre mode d’emploi. Certes, comme la loi Pope de 2005, la loi Royal porte le rythme annuel de baisse de l’intensité énergétique finale à 2,5 % d’ici à 2030. Mais, là encore, sans préciser comment atteindre de tels chiffres. Le nouvel objectif donné au dispositif de certificat d’économie d’énergie ne donne d’ailleurs pas un bon signal aux parties prenantes.
Le coup de grâce est donné par Olivier Boucher. Ce spécialiste de la chimie de l’atmosphère du CNRS rappelle que le projet de loi Royal « ne concerne qu’une partie des émissions de gaz à effet de serre. »

[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat