OUR COMMON FUTUR UNDER CLIMATE CHANGE

par Dominique Martin Ferrari

(article initialement paru sur le site de Mediapeps)

Le 16/07/2015

Une superbe conférence scientifique sur le climat à l’UNESCO entre le 8 et le 12 Juillet derniers. 2000 scientifiques venus de 97 pays ont tenu le rôle qu’ils veulent jouer auprès des gouvernements avant la COP 21 : les persuader que le seuil des 2° ne doit pas être franchi et faire des propositions en ce sens. Un bel exercice pour la moitié d’entre eux qui n’y croient plus, et même si le texte final de la déclaration parle encore de « de deux chances sur trois de contenir le réchauffement à 2°C » !

« Nous avons changé d’époque. Nous ne sommes plus dans une phase d’alerte la communauté scientifique veut marquer son engagement pour des solutions », a déclaré le climatologue Hervé Le Treut cheville ouvrière de ce rassemblement.

Aux politiques d’en décider donc, pour les chercheurs, les fondamentaux de l’atténuation sont désormais connus et font consensus, comme celui de laisser les fossiles dans le sol. « Il reste 1000 gigatonnes de CO2 dans notre capital carbone utilisable. Mais 70% du charbon, 1/3 pétrole et charbon devront rester enfouies…. les propriétaires des combustibles fossiles pourraient être dédommagés s’ils laissent les ressources en sous sol : cela permettrait qu’ils ne bloquent pas les négociations, mais cela leur laisse une raison d’explorer plus avant, plus tard. »

Une solution de compromis donc, encore une ! Il n’y a pas de solution miracle mais une bataille politique à livrer en Décembre car il faut impérativement limiter les émissions, « elles devront être nulles, voire négatives à la fin du 21° siècle : 80% des scenarios le préconisent .»

Quant aux solutions technologiques que certains laissent miroiter : « on rêve au stockage et captage du carbone : mais ces technologies ne peuvent pas espérer résoudre le problème d’ici 2050, et elles ne joueront un rôle que dans une grande stratégie globale. »

La plupart des scientifiques travaillent déjà à l’adaptation
Le professeur Ottmar Edenhofer du Potsdam Institute a fait le point sur l’avancée des sciences de l’adaptation. Entre les scénarios d’alerte du GIEC en 1990 et le 5° rapport de 2015, en quelques années, elles ont acquis leur crédibilité ou tout au moins leur devoir d’exister. Constats, évaluations , acquisitions de données et modélisations, permettent de commencer à planifier . On attend beaucoup d’une des phases de conclusions en mai 2016 du programme PROVIA (PNUE). « On considère souvent l’adaptation à échelle très locale, mais de grands écosystèmes présentent des similitudes (grands delta, zones arides…), nous devons mettre en œuvre les moyens de nous rendre moins vulnérables (ex : imposer aux grands travaux d’infrastructure la prise en compte des conséquences du réchauffement , le coût n’est pas supérieur à 10%, alors qu’il est très lourd en réparation) , développer l’apprentissage transdisciplinaire, apprendre sur le tas : praticiens , ingénieurs et décideurs ; coordonner la recherche Nord-Sud : l’adaptation est mieux informée au sud et dans les pays les plus pauvres. La courbe d’apprentissage y est plus rapide. Nous devons donc favoriser les transferts Sud Sud mais aussi Sud Nord. On pourra peut être s’adapter à 2° mais à 3 ou 4° ce sera impossible . »
Les réseaux qui travaillent sur les transitions sont formels : « généralement on parle d’innovation technologiques ; cela ne suffit pas et il faut prêter attention aux innovations sociales à bien des égards encore plus positives. » Ne plus réfléchir seulement l’avenir en termes de PIB : « imaginer le monde que l’on veut créer ; la planification est très importante. Montrer l’avenir que nous voulons éviter certes, mais aussi celui que nous voulons créer : transition nécessaire qui doit inclure le développement. » Un nouveau chantier s’ouvre :
« On a besoin de modèles, et pour faire un modèle il faut beaucoup d’hypothèses, prendre en compte le long terme, comprendre comment les normes sociales se modifient, comment l’inacceptable ou le désirable s’installent. les innovations sociétales se modélisent mal. »

Les panels de discussion s’accordent sur le fait qu’il est temps d’associer les sciences humaines et les medias pour aider la résilience à émerger avec cependant quelques réserves émises par une jeune chercheuse canadienne : « La résilience est devenue un paradigme de la pratique politique, comme la solution à notre manque d’outils pour résister : elle est vue comme quelque chose de souhaitable de normatif. Il y a une tendance politique à normaliser la résilience. Mais nous voulons éviter cela. A l’heure où nous préparons la cop 21 nous ne voulons pas de résilience mais de la résistance. Certes la science fourbit des données aux décideurs, mais j’essaie d’encourager les communauté scientifiques a aller plus loin que l’utilisation de nos idées scientifiques «

Autre grand débat, les tipping points, les points de bascule, ces petits changements qui réduisent à néant les plus grands calculs.

Jusqu’à présent plutôt utilisés pour décrire les grands bouleversements sociologiques (cf JP Dupuy) leur intrusion viendrait signifier l’irréversibilité.

L’exemple le plus parlant est celui de l’Antarctique.

En mai dernier la bascule est devenue une réalité : les glaciers se sont retirés des vallées profondes. La fonte va s’accélérer : 300.000 mégatonnes de glace vont rejoindre l’océan et conduire à une élévation du niveau de la mer d’un mètre. On ne sait pas quand cela va arriver, ni ce qui va se passer en terme d’enchaînement d’événements. Ce que l’on sait, c’est qu’en quelques années nous changeons plus qu’en 20.000 ans et c’est sur l’interconnexion de ces points de bascule que porte désormais le nouveau cri d’alarme de toute une communauté.

On regrettera alors de ne pas suffisamment maitriser l’anglais au point de pouvoir suivre tous les ateliers. L’UNESCO ne joue plus son rôle de tour de Babel et malheureusement trop peu de journalistes français ont suivi ces débats pour les relayer auprès d’une société civile censée faire progresser les idées.