COP 22

Par René-Martin Simonnet

WaterLe 08/01/2016, initialement paru dans Journ’eau n° 993, le 21/12/2015

Ne boudons pas notre plaisir : la conférence de Paris de 2015 sur le climat, alias COP 21, a été un vrai succès, et la France en a été la cause principale. Depuis deux ans, le gouvernement a mobilisé tout son monde pour convaincre le plus possible de hauts dirigeants de venir et pour bien les accueillir, afin qu’ils s’engagent publiquement à obtenir des résultats. Pari gagné : les négociateurs n’ont pas pu enliser les discussions, comme ils l’avaient fait à Copenhague, puisque leur président ou ministre avait déclaré, quelques jours auparavant, qu’il fallait à tout prix parvenir à un accord. Pour retrouver une France aussi efficace, dans le domaine diplomatique, il faut remonter à l’après-guerre : le jamboree mondial de 1947, par exemple, ou l’adoption de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, en français s’il vous plaît.

Évidemment, si l’on gratte un peu la grosse couche d’autosatisfaction que la France étale depuis une semaine, on comprend plus facilement pourquoi l’accord de Paris a été adopté. En premier lieu, il n’est pas très contraignant : chaque État ou groupe d’États a fixé lui-même ses propres obligations, il ne sera pas vraiment sanctionné s’il ne les respecte pas, et il est en outre chargé d’en contrôler l’application. Cela permettra ainsi à la Chine de continuer à truquer ses statistiques en matière d’extraction et de consommation du charbon – comme dans tous les autres domaines. Quant aux États-Unis, l’autre gros émetteur de gaz à effet de serre, ils sont parvenus à faire disparaître toute formulation contraignante, qui les aurait empêché d’appliquer l’accord de Paris avant sa ratification par le Congrès, acquis au lobby pétrolier ; ils peuvent donc l’appliquer, aussi longtemps toutefois que le locataire de la Maison-Blanche le décidera.

Il y a tout de même un sujet important qui manque, dans ce texte : on n’y trouve aucune mention de l’eau, ni comme solution ni comme problème. Pourtant, chacun sait qu’elle est nécessaire pour la production d’énergie, avec ou sans émission de gaz carbonique, et que les perturbations du cycle de l’eau seront très probablement la conséquence la plus grave du réchauffement climatique, d’où découleront la plupart des autres. Le Maroc, qui accueillera et présidera la COP 22, a déjà promis de faire compléter l’accord de Paris sur ce point. Ainsi la France révèle-t-elle qu’elle n’est plus capable de diriger les débats internationaux en matière d’eau.