Dans les couloirs les avis se forgent

Par Dominique Martin-Ferrari

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Publié le 10/12/2015

 

La dernière séance

Comme à chaque fin de COP, les 195 pays présents espèrent remporter une victoire et chacun repart avec une impression mitigée. La COP21 n’échappera pas à l’exercice. Comme Laurent Fabius hier soir dans sa conférence de presse, la France pourra se féliciter d’avoir réussi l’exercice. Il y aura un accord à minima déguisé par un jeu diplomatique remarquablement bien mené.

Comme il se doit, l’accord satisfera un peu tout le monde (donc mécontentera  beaucoup). Les petites îles qui avaient fait l’objet de bien des déclarations d’intérêts de la Présidence tout au long de l’année gagnent un point avec l’inscription de l’objectif des 1,5°c dans l’accord. L’Inde a réussi à ce que l’on ne se revoie qu’en 2024 pour réviser les engagements, le temps pour elle de mieux s’adapter à un futur décarboné. Les « parties prenantes » ont retrouvé leur place dans l’objectif 2 : femmes, peuples premiers, collectivités territoriales et entreprises restent dans le jeu. Les émergents, largement sollicités, ne s’engagent à rien.

Le schisme de réalité

Mais, car il y a toujours un mais dans une négociation de cette importance. Il n’y avait pas d’argent pour le 2°c il n’y en a pas plus pour le 1,5°c alors qu’en principe les engagements financiers devraient être plus importants.

« Nous restons attachés à un accord de fin de siècle qui arrange les États » résume Bettina Laville, négociatrice de Rio92 et du protocole de Kyoto. « C’est un schisme de réalité, la négociation ne tient pas compte du réel«  s’élève Amy Dahan, directrice de recherches au CNRS.

Point positif pour les uns, à surveiller pour les autres, « l’agenda des solutions » a rempli ses objectifs : les communautés industrielles, financières, secteur par secteur, ont avancé dans un affichage international vers une société décarbonée, même si cela se passe sous un chapeau diplomatique indispensable mais plus du tout contraignant. C’est ce que confirme Hélène Valade, directrice du développement durable du groupe Suez Environnement. « Il y aura un avant et un après COP 21. La mobilisation de la société civile s’est traduite par des actes très forts et pour le long terme… Dans le brouillon d’accord, pour la première fois, le rôle de la société civile est reconnu comme l’est l’appel à l’innovation technique, sociale et sociétale, le prix du carbone. Tout est cité pour passer dans un autre modèle économique.»

Faire se rejoindre les parallèles

Reste maintenant à inventer des lieux de discussion parallèles entre la mécanique onusienne et ce mouvement. «Notre avenir à tous (titre du rapport Bruntland) était un mot d’ordre. Aujourd’hui il devient une réalité partagée », constate Bettina Laville.

Vient également de naitre un nouveau groupe, celui « des nations avancées ». Quoiqu’il se fasse, ces nations ont décidé d’aller plus vite. Cette coalition veut entrainer les choses, montrer que la réalité économique est dans tout cela. Les ONGs  également se partagent en deux groupes: celles qui soutiennent la vision des pays en développement et celles qui ont plus d’expertise et veulent accompagner le monde qui change.

On garde l’architecture de Kyoto, on le discute avec des groupes nouveaux : les pays vulnérables et les nations avancées. L’image du monde est celui du basculement

Demain soir, le verdict tombera et nous affinerons cette analyse, mais les lignes semblent assez bien tracées.